#Imaginaire

Les ombres de Julia Tome 1 : La fille de la noyée

Catherine Egan

Julia a la capacité inhabituelle de se rendre invisible. Elle ne disparaît pas exactement. Elle recule simplement en un point de l'espace où la plupart des gens ne peuvent plus la percevoir. C'est une capacité dangereuse dans une société qui a interdit toutes les formes de magie et noie les sorcières dans des cérémonies publiques. Mais c'est utile pour un voleur et un espion. Et Julia l'a compris : le crime paye. Elle est d'ailleurs très bien payée pour infiltrer la grande maison de Mme Och, espionner ses locataires étranges et s'informer sur les transactions suspectes qui s'y déroulent. Julia découvre qu'une sourde menace plane sur toute la maisonnée. Mais cette découverte va aussi faire basculer son existence. Car elle n'avait pas imaginé que le traître dans la maison puisse être... elle-même.

Par Catherine Egan
Chez Editions Milan

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12 ans et +

trad. Jacqueline Odin
07/03/2018 376 pages 16,90 €
Scannez le code barre 9782745986672
9782745986672
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Pour Mick, qui maintient ce navire à flot pendant que je fais surgir des monstres marins.

 

 


Le fiacre traverse le pont près du temple de Cyrambèle et Janie annonce, à sa propre surprise :

– Je vais descendre ici.

– Ici ? demande sa compagne de voyage, continuant à bercer le bébé assoupi sur ses genoux. Sûrement pas. Je ne connais pas le seigneur Nix, mais je peux vous garantir qu’il n’habite pas ici. Personne n’habite ici.

– Ce n’est pas loin, répond Janie en riant, quoiqu’elle ne se souvienne plus depuis un instant où demeurent le seigneur Nix et sa famille.

L’adresse est dans son sac ; elle a simplement besoin de descendre, de se concentrer. Elle ignore ce qui l’y oblige et n’aura pas le temps de se poser la question. Elle regrette de quitter sa compagne et le beau bébé. Elles ont voyagé ensemble par le train depuis le Sud et décidé de partager le fiacre, puisqu’elles allaient dans le même quartier.

– Ah bon ? demande le conducteur, sceptique lui aussi.

Il n’y a aux alentours que le temple, la rivière et le pont désert.

– Je voudrais marcher un peu, dit-elle.

– C’est dangereux, mam’zelle, objecte le conducteur.

– Je ne crains rien, affirme Janie. Merci de m’avoir tenu compagnie, dit-elle ensuite à la femme. S’il vous plaît, donnez-moi votre adresse. Nous arrivons toutes les deux dans cette ville ; nous pourrions la découvrir ensemble.

– Bien sûr.

Sa compagne sort un stylo et un bout de papier à lettres, griffonne quelques mots, plie le papier puis le lui glisse dans la main. Une odeur de fleurs pourries flotte à l’intérieur du véhicule.

– Prenez soin de vous, dit-elle.

– Vous aussi, répond Janie.

Dans une impulsion, elle se penche et dépose un baiser sur la joue de la femme. Elle embrasse également le bébé.

– Dis au revoir, Théo, dit sa compagne.

Le petit Théo agite une main grassouillette.

– O’voi’.

Le fiacre s’éloigne dans la nuit, et Janie se retrouve seule dans l’ombre du temple. Quelqu’un l’attend. Cela, elle le sait. Elle a peur, et pourtant la voici. Elle déplie le papier que lui a laissé sa compagne. Elle distingue à peine les mots dans l’obscurité :

 

Oubliez-moi.

 

Elle regarde dans la direction où le fiacre a disparu, perplexe, essayant de se rappeler qui lui a donné le papier. Le chemin est long jusque chez le seigneur Nix à la Forestine, et la nuit est glaciale.

– Que suis-je en train de faire ? s’interroge-t-elle tout haut.

La douce main qui se pose sur sa gorge se présente comme une réponse à sa question, étouffant son cri aigu. D’un mouvement rapide, la lame tranchante l’arrache à la nuit noire et à l’avenir qui lui était promis.

 

 

1


Le sol est froid sous mes pieds nus. Flavie et Chloë respirent profondément, tranquilles. Je pense que minuit a sonné depuis une heure au moins. Les ressorts rouillés de mon petit lit hurlent lorsque je me lève, mais les deux formes endormies ne bougent pas. Elles sont sans aucun doute habituées à ce bruit, vu que nos lits gémissent comme des suppliciés chaque fois que nous nous retournons. Je longe leurs lits à pas furtifs, replie les doigts sur le bouton de porte. La porte ne grince pas : la semaine dernière, j’ai huilé les gonds et désassemblé, nettoyé puis remonté le bouton. Il n’y avait pas de solution pour les ressorts du lit. Le clair de lune se glisse entre les rideaux, apportant un peu de lumière à la petite mansarde où nous, les domestiques, dormons, mais l’escalier est sombre. D’une main, je tiens une bougie, éteinte dans son chandelier en fer. De l’autre, je ferme la porte derrière moi.

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