#Essais

La France doit agir

Jean-Louis Beffa

Contrairement à d’autres pays, la France a trop longtemps différé les réformes et n’a pas encore consenti les efforts indispensables à son redressement. Pour le mener à bien, il s’agit maintenant de dissiper la confusion des diagnostics et de mettre de l’ordre dans les mesures à envisager. Les pays qui ont réussi à se redresser ont tous distingué leur stratégie d’insertion dans la mondialisation des choix nationaux à opérer dans leurs réformes de structure. Les solutions trouvées ne sont pas toutes à dupliquer, mais elles montrent bien que les voies du succès économique se bâtissent autour d’une stratégie d’intégration mondiale et d’un consensus national. Le présent livre s’attache à appliquer au cas français ces distinctions rarement expliquées, pour proposer un programme d’actions d’ensemble, réaliste et cohérent. Il demandera au président de la République de manifester au grand jour sa volonté de réforme et d’être le premier à oser, malgré les échéances électorales et les contraintes politiques, les mesures courageuses dont la France a besoin. Jean-Louis Beffa est président d’honneur de la Compagnie de Saint-Gobain et coprésident du Centre Cournot pour la recherche en économie. Il est notamment l’auteur de La France doit choisir (Seuil, 2012)

Par Jean-Louis Beffa
Chez Seuil

0 Réactions |

Editeur

Seuil

Genre

economie francaise

31/10/2013 180 pages 17,00 €
Scannez le code barre 9782021112894
9782021112894
© Notice établie par ORB
plus d'informations

 

 

 

 

 

 

 

Le temps de l’action

 

La France doit agir. Elle n’a pas consenti les efforts devant lesquels, ces dernières années, d’autres pays n’ont pas reculé. Elle a laissé, avec la complaisance de l’ensemble de sa classe politique, son taux de chômage monter, ses comptes extérieurs se fragiliser, son endettement exploser, ses finances publiques se creuser, son industrie s’amenuiser, son effort de recherche ralentir…

Les Français se sont relâchés au plus mauvais moment, lorsque sont apparus de nouveaux concurrents particulièrement offensifs sur la scène économique internationale. Ils n’ont pas su mettre à profit quinze années de très forte croissance mondiale pour évoluer. Le capitalisme français se retrouve inadapté au nouveau contexte économique international. La crise oblige à une difficile prise de conscience. Elle ne rend que plus urgentes des réformes qui étaient depuis longtemps nécessaires.

Dans ce contexte alarmant, François Hollande est arrivé au pouvoir il y a un an et demi environ. Après ces dix-huit mois d’exercice à la tête de l’État, quelles premières conclusions peut-on tirer de son mandat – avant d’en venir à une analyse structurée des difficultés économiques qu’il doit surmonter et des réformes qu’il lui faudra mener ? Et comment comprendre sa méthode de réforme ?

 

 

Le bilan de l’an I

 

De l’an I, qui court jusqu’au printemps 2013, on peut dresser un bilan contrasté, dont se dégagent quelques initiatives prometteuses, mais dans un ensemble manquant de cohérence et de clarté. Cette première année a vu la mise en œuvre de diverses promesses de campagne, aux effets très souvent négatifs et particulièrement mal compris à l’étranger, mais aussi de mesures bienvenues, au nombre plus limité.

Au départ de la campagne présidentielle, François Hollande a dû composer avec le programme du Parti socialiste, rédigé sous la houlette de Martine Aubry, qui énumérait des engagements pour la plupart idéologiques et complètement inadaptés à la situation du pays. Puis le candidat a dû faire des concessions supplémentaires pour s’adjoindre le renfort électoral d’Europe Écologie Les Verts et du Front de gauche. L’an I s’en est évidemment ressenti.

Au rang des concessions, il y a d’abord les promesses énergétiques : la fermeture de Fessenheim en 2016, la promesse d’une réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité, la confirmation de l’interdiction de la technique de la fracturation hydraulique dans l’exploitation des gaz et pétrole de schiste. Ces prises de position résultent manifestement des contraintes de l’alliance passée avec les Verts pour les élections présidentielle et législatives, bien plus en tout cas qu’elles ne reflètent de fortes convictions du président lui-même.

Sur le plan fiscal, on a laissé penser que le financement des dépenses supplémentaires pourrait être assuré par la simple contribution des plus « riches ». Certes, ceux-ci ont été massivement mis à contribution durant les premiers mois du quinquennat. Mais épargner les classes moyennes s’est rapidement révélé impossible. À l’alourdissement de l’impôt sur la fortune, à la hausse des taux de l’impôt sur le revenu, à la forte augmentation de la taxation des revenus du capital – en particulier des dividendes –, se sont ajoutés des éléments incongrus, comme la taxe à 75 % des revenus excédant 1 million d’euros. Cette mesure spectaculaire, décidée pour gagner l’électorat d’extrême gauche pendant la campagne, fut jugée pour le moins saugrenue à l’étranger. La première année du quinquennat a, par conséquent, été marquée par les compromis électoraux qui ont permis de dégager une majorité socialiste absolue à la Chambre – élément essentiel pour gouverner par la suite. Une première année en somme très politique et très clivante entre gauche et droite.

Retrouver tous les articles sur La France doit agir par Jean-Louis Beffa

0 Commentaires

 

Aucun commentaire.