#Roman francophone

Solibo magnifique

Patrick Chamoiseau

Fort-de-France, pendant le carnaval. Devant son public médusé, le conteur Solibo Magnifique meurt, foudroyé par une égorgette de la parole. Autostrangulation? Ou meurtre? Toute l'assistance est soupçonnée, notamment Bateau Français, dit Congo, fabricant de râpes à manioc, et qui aurait empoisonné Solibo avec un fruit confit. Bouaffesse et Évariste Pilon mènent l'enquête, allant jusqu'à garder à vue Patrick Chamoiseau lui-même. Quant à Congo, suspect numéro un, il sera laminé. Ce que, d'interrogatoire en interrogatoire, les deux policiers vont pourtant révéler, c'est l'univers caduque, au seuil de l'oubli, des Maîtres de la parole, des grands conteurs qui avaient, tel Solibo, le goût du mot, du discours sans virgule.

Par Patrick Chamoiseau
Chez Gallimard

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Editeur

Gallimard

01/06/1991 256 pages 7,50 €
Scannez le code barre 9782070383917
9782070383917
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Je suis d'un pays où se fait le passage d'une littérature orale traditionnelle, contrainte, à une littérature écrite, non traditionnelle, tout aussi contrainte. Mon langage tente de se construire à la limite de l'écrire et du parler ; de signaler un tel passage – ce qui est certes bien ardu dans toute approche littéraire (...).

J'évoque une synthèse, synthèse de la syntaxe écrite et de la rythmique parlée, de l'« acquis » d'écriture et du « réflexe » oral, de la solitude d'écriture et de la participation au chanter commun – synthèse qui me semble intéressante à tenter.

 

ÉDOUARD GLISSANT

Mé zanmis ôté nouyé...!?

ALTHIERRY DORIVAL.

chanteur haïtien.

 

 

 

Ce qui est au centre de la narration pour moi n'est pas l'explication d'un fait étrange mais l'ordre que ce fait étrange développe en soi et autour de soi : le dessin, la symétrie, le réseau d'images qui se déposent autour de lui, comme dans la formation d'un cristal.

 

ITALO CALVINO

 

 

 

 

 

 

L'ethnographe :

– Mais, Papa, que faire dans une telle situation ?

– D'abord en rire, dit le conteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

AVANT LA PAROLE

 

L'ÉCRIT DU MALHEUR

PROCÈS-VERBAL

 

 

 

Transport sur les lieux de l'inspecteur principal Évariste Pilon, officier de police judiciaire.

 

L'an mille neuf cent...

Le deux février, six heures dix,

Nous, Évariste Pilon, officier de police à la Sûreté urbaine de Fort-de-France, Brigade criminelle, officier de police judiciaire,

 

Assurant la permanence de nuit,

Informé par le brigadier-chef, Philémon Bouaffesse, matricule 000,01, qu'il vient de découvrir, suite à une intervention de Madame Lolita Boidevan, marchande ambulante, demeurant au Pont-Démosthène après le grand canal, le cadavre d'un homme sous un tamarinier du lieu-dit la Savane,

 

Vu l'article 74 du Code de procédure pénale,

 

Avis donné à Monsieur le procureur de la République à six heures onze, qui nous délègue aux fins prévues par ce texte,

 

Nous nous transportons immédiatement sur les lieux,

 

Où étant, en présence du brigadier-chef qui nous a attendu sur notre ordre et nous conduit à l'endroit où il a découvert le corps,

 

Constatons ce qui suit :

 

À la gauche du monument aux morts, sous un arbre situé à 6 m 50, en bordure de l'allée, se trouve le cadavre d'un homme d'environ cinquante ans. Il porte une chemise blanche, ouverte, un pantalon gris déboutonné, conservant dans ses passants une ceinture de cuir noir dégrafée. Les pieds sont nus. Une chaussure contenant une chaussette roulée en boule se trouve à hauteur de sa hanche droite. Les vêtements sont tachés, et en désordre. Les manches de la chemise sont remontées jusqu'aux coudes. Le pantalon est roulé jusqu'aux genoux.

 

Le corps est allongé sur le dos, entre les racines de l'arbre. Les bras, écartés en croix, sont maintenus en position haute. Le genou droit est replié. La tête est inclinée vers la gauche. Les jambes sont orientées vers le monument aux morts.

 

Le cadavre est froid, atteint de rigidité. Il ne présente aucun signe de putréfaction. Aucune écorchure, égratignure ou contusion ne se voit sur le visage et sur les mains. La face est grisâtre, les oreilles violacées, une écume rose sort de la bouche et du nez. Les yeux sont écarquillés. Aucun traumatisme n'est visible sur la poitrine, le ventre, les bras et les jambes. Le crâne ne porte aucune blessure apparente.

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