Du sang sur les docks - Illustré

Bernard Coat L.

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 Comme dans un bon vieux Maigret... Prenez le temps que les choses se mettent en place, et ensuite... ça barde ! L'action se déroule dans un port de l'Ouest de la France. Le Héros, Bernard Balzac, est venu se reposer et peindre dans sa ville natale. Malgré lui, il est happé dans les méandres d'une enquête policière dont les indices ramènent sans cesse vers son petit monde...
Il va devoir côtoyer le pire, la misère, la drogue ; il va plonger au fond de secrets qu'il aurait souhaité toujours ignorer.
Il sera obligé de participer aux investigations, et grâce à ses connaissances artistiques dénouera une intrigue sordide.
Les personnages sont sombres et l'humour du héros renverse parfois cette tendance, mais il reste seul.
Du sang sur les docks est un roman noir social, car on y explore les bas-fonds, la société est dépeinte avec lucidité même si la fiction y conserve toute sa place.
Bernard Coat L. est scénariste. Il nous montre Brest, la ville de son enfance sous des angles que seul un homme d'image pouvait voir. Le regard tour à tour amusé et perplexe qu'il jette sur le monde reste celui d'un homme que la vie n'a pas encore vieilli. Le personnage de Bernard Balzac est déjà entraîné vers de nouvelles aventures, que l'auteur vous fera partager.

Par Bernard Coat L.
Chez Éditions Ex-Æquo

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Mêler l'ombre à la lumière, le grotesque au sublime,
en d'autres termes, le corps à l'âme, la bête à l'esprit.

Victor Hugo


L'obscurité est une des sources du sublime.
Edgar Poe

Je m’appelle Bernard Balzac, initiales B.B… sans descendance avec l’illustre ami, qui nous décrivit si bien la misère des corons, se fit le chantre des injustices sociales et autres vilenies de son époque.

J’habite une petite maison située à quelques pas de la plage du Moulin-blanc à Brest – Latitude 48° 27N, Longitude 4° 25W –.

Je traîne mes savates sur la plage pour mon plus grand plaisir, la nuit, le jour, l’hiver et l’été, les pieds nus pour les aimables sensations. Des diverses pièces de ma baraque, j’entends le bruit de la mer, je sens les marées ; du salon je la vois, présence animale, amicale, pacifique, parfois déchaînée, mais toujours belle, magicienne qui ensorcelle jusqu’à vouloir être emporté par ses flots, ses vagues, ses larmes, ses caprices. Quelle joyeuse providence que d’y mourir plutôt que de connaître la pourriture des cimetières ! La décomposition profite aux poissons, aux crabes que nous mangeons, pas à la vermine que nous exécrons. Cette pensée m’est tout à fait positive et me rend joyeux, il faut bien que nos corps servent à la chaîne alimentaire, le seul problème en ce cas serait l’absence de beaux monuments funéraires comme ceux du cimetière du Père-Lachaise à Paris.

J’ai 49 ans, artiste-peintre souvent, journaliste parfois, de retour depuis trois années dans l’aimable paysage du ponant qui m’a vu naître après avoir quitté la région pour Paris, pour poursuivre mes études et pour m’étourdir des lumières et de leur siècle. J’ai vécu de par mes professions et divagations éthérées dans de nombreuses provinces françaises, ainsi que quelques séjours dans de grandes villes européennes, africaines, mais je ne veux pas submerger mon ami(e) lecteur par des observations d’autres contrées et régions qui nous mèneraient à mille lieues de ce qui va nous préoccuper.

L’action cruelle, déroutante parfois se déroule ici, plein Ouest de la France, pas dans les favelas brésiliennes.

Pour bon nombre de personnes alentour, je suis « l’artiste », ce qui me permet de mettre une distance respectable entre moi et les autres, même s’ils sont avides de surveiller mon train de vie, mes fréquentations, éventuellement de savoir qui je culbute. Soyons clairs, pour la grande majorité d’entre eux, je fais un effort de diplomatie, mais je ne les apprécie pas et s’il y a réciprocité j’en suis fort aise.

Au tout début de mes exercices picturaux, avant les études et l’académisme des beaux-arts, je m’étais fait une spécialité de peindre avec du sang animal. Les abattoirs de la ville se situaient alors à une centaine de mètres de la plage, le sang, la pourriture, se déversaient par une longue canalisation qui rejoignait la mer. Les rats bien ventrus proliféraient à la tombée de la nuit. Contre quelques bouteilles d’alcool, je recevais par l’un des employés préposés à la tuerie en chaîne du bétail, des bocaux de sang parfois encore tièdes. Je peignais tout et n’importe quoi avec cette matière, même si cela me dégoûtait parfois, il fallait être vif, précis pour la pose de la texture sur la toile ou le papier. C’était de la sanguine véritable, il me restait simplement à trouver le fixatif adéquat pour empêcher la coagulation. Non sans une certaine fierté, ma réputation dépassait largement les limites du département, mais n’excédait en rien mes ambitions, j’étais alors un émule de Francis Bacon, aujourd’hui je suis son frère d’âme.

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