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Venise : une invention de la ville

Elisabeth Crouzet-Pavan

Surgie de l'eau et de la boue, au cœur des lagunes, Venise a été l'objet d'un façonnement et d'un soin jaloux et quotidien qui n'ont connu aucune trêve. Car il fallait mener dans un site fragile, que l'on pensait providentiel, la défense contre les périls des eaux saumâtres au milieu desquelles les hommes s'étaient tôt installés. Sans cesse des pilotis furent enfoncés et remplacés, des digues élevées et renforcées, des canaux creusés et curés, de la terre charriée et amassée pour conquérir toujours plus d'espace. Le travail de création vénitienne fut aussi un immense effort et une longue oeuvre de construction de ponts et de quais, de palais et d'églises, de maisons et d'entrepôts... De la sorte, jour après jour, année après année, la ville a été inventée, dans un mouvement toujours continué qui tendait vers l'élaboration d'une beauté formelle ; par cette exigence de théâtralité monumentale, il s'agissait de mettre en représentation l'imaginaire d'une grâce divine. Mais Venise, aux derniers siècles du Moyen Age, ne fut pas qu'un décor de pierres et de briques: elle a été aussi façonnée par les pas, les postures et les mots des hommes. Et fut ainsi modelée une culture urbaine dévoilant les rapports que les Vénitiens entretenaient avec leur histoire. C'est cette invention de Venise qui est ici reconstituée jusqu'au moment où, vers 1500, elle semble atteindre une plénitude.

Par Elisabeth Crouzet-Pavan
Chez Champ Vallon

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Genre

urbanisme

12/11/1997 345 pages 28,00 €
Scannez le code barre 9782876732544
9782876732544
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INTRODUCTION

 


Venise et la lagune aujourd’hui. 

 

 

 

Qu’est-ce qu’une ville ? On sait que la réponse à une telle question ne va pas de soi. Variable selon les époques et les espaces, cette réponse mobilise en effet des critères différents, elle fait appel, pour mieux être formulée, au renfort de disciplines diverses qui peuvent aller de la démographie à la géographie historique, de l’anthropologie à l’économie. Mais toujours, me semble-t-il, sans qu’il soit même nécessaire d’invoquer le problème du seuil démographique qui identifierait la ville, la tentative de définition fait d’abord surgir l’image d’un groupement d’hommes. Et en fonction de cette évidence même, l’historiographie des villes, en Europe au moins, a traditionnellement pris en compte quelques thèmes principaux. Quelle est l’origine de la ville, pourquoi et comment apparaît-elle ? Et voilà, à mesure que les exemples sont égrenés, des hommes qui s’assemblent pour se défendre, pour commercer ou pour accomplir un rite religieux, des hommes à qui est parfois attribuée la particularité suivante : « dans le fond, les villes sont d’importantes communautés de personnes qui ne produisent pas la nourriture qui leur est nécessaire pour vivre. »1 Le développement des villes, la mise en place des activités économiques spécifiques constituent une deuxième approche générale. Et c’est donc encore un monde laborieux que l’on restitue, un système d’organisation de la vie et de la production qui est dépeint. J. Le Goff l’a écrit : « la ville c’est d’abord une société foisonnante, concentrée sur un petit espace au milieu de vastes étendues faiblement peuplées. C’est ensuite un lieu de production et d’échanges… »2 Quant au troisième thème central dans la réflexion sur l’urbanisation, il se confondrait, à suivre P. M. Hohenberg, avec l’étude des conséquences sociales de la vie urbaine. Les hommes, regroupés dans la communauté urbaine, sont, selon cette perspective, plus nettement encore placés au centre de l’analyse. 

De la sorte, l’histoire urbaine s’attache à décrire et à expliquer comment naît, croît et fonctionne cette entité bien particulière, cette entité socio-économique et socio-politique que l’on appelle une ville. Il reste que cette entité demeure souvent singulièrement abstraite, parce que dotée d’une existence primordialement conceptuelle. Etudier la dynamique de l’urbanisation revient en effet à analyser différents paramètres, tel bien sûr le critère démographique, tels aussi, parce que ce dernier révèle vite ses insuffisances, le processus de différenciation économique ou celui de formation des réseaux qui lient les centres urbains entre eux. Il s’ensuit que l’analyse se déploie dans des espaces larges. A la sphère de la ville considérée viennent s’ajouter ces espaces ruraux proches, sur lesquels l’agglomération exerce ses effets multiples, et puis tous ceux, plus ou moins lointains, centraux ou périphériques, avec lesquels la ville a construit son système d’échanges et de relations.

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