Journal politique, tome 2

Ciano Galeazzo

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Fasciste de la première heure et gendre de Mussolini, Galeazzo Ciano comte de Cortellazzo, fut le ministre des Affaires étrangères de l’Italie mussolinienne de 1936 jusqu’en 1943. Exécutant fidèle de la politique fasciste, il s’applique à rapprocher l’Italie de l’Allemagne nazie jusqu’à la signature du Pacte d’acier en 1939 dont il est l’un des signataires. Toutefois, inquiet de la montée en puissance d’Hitler, il cherche à freiner la marche à la guerre de l’Italie mais doit céder après la débâclé de la France face à l’invasion allemande en 1940. Ses réticences tout au long du conflit le mèneront à une disgrâce. Arrêté par les Allemands, il est exécuté pour trahison par le gouvernement de la République de Salò en 1944. Ce Journal politique, sauvé in extremis lors de la fuite de l’épouse de Ciano après l’exécution, est un formidable témoignage de la politique étrangère menée par Mussolini. Proche du Duce, Ciano nous fait partager dans ces écrits ses craintes face à la guerre, les relations souvent difficiles entretenues avec le IIIe Reich et un soutien indéfectible à son beau-père.

Par Ciano Galeazzo
Chez Nouveau Monde éditions

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1941

 

 

Ier JANVIER.

L’année a commencé par une violente émotion due à l’état de santé de ma mère. Une crise cardiaque a mis sa vie en danger. Elle va mieux maintenant, mais il m’en est resté une grande anxiété.

Le Duce a reçu une longue lettre de Hitler : un tour d’horizon complet. Le Führer envisage avec sérénité l’évolution future de la guerre, mais il estime indispensable de prendre encore de nombreuses décisions qu’il énumère avec son exactitude habituelle.

J’écris à Alfieri pour le renseigner, et renseigner en même temps Ribbentrop, sur nos négociations avec la Russie. Il ne s’agit plus maintenant de conversations générales et superficielles, car les Russes veulent aller au fond de nombreuses questions d’importance primordiale ; or, il serait imprudent de notre part de prendre un engagement quelconque sans nous être au préalable entendus avec l’Allemagne.

Cavallero annonce qu’il déclenchera prochainement une attaque le long de la côte.

 

2 JANVIER.

Selon des nouvelles de source hongroise, la situation intérieure serait grave en Grèce. Même l’attaché militaire grec à Budapest aurait dit qu’il n’y avait plus grand espoir pour son pays.

D’autre part, la Bulgarie semble vouloir se décider à adhérer à l’Axe ; Filov partira en effet sous peu pour conférer avec les Allemands.


3 JANVIER.

Le prince de Hesse a été chargé par Hitler de s’informer sur les véritables dispositions du Duce à son égard, car les milieux militaires italiens, par leur conduite, ont donné aux Allemands l’impression qu’il y avait un certain froid entre les deux alliés. J’ai répondu que le Duce n’a jamais été plus reconnaissant envers Hitler pour sa solidarité et son amitié. Réponse qui correspond d’ailleurs absolument à la vérité.

Au cours de mon entretien avec Hesse, Guzzoni téléphone qu’une offensive des Anglais contre Bardia rend la situation de cette place extrêmement précaire. C’est malheureux, mais cela n’a rien de surprenant. S’imaginer que l’attaque anglaise, après son succès initial, avait épuisé son élan, était à mon avis une idée réconfortante, mais tout à fait fausse.

J’informe Mackensen, qui se rend à Berlin, de nos négociations avec Moscou.

 

4 JANVIER.

Conseil des ministres. le duce fait un long exposé sur la situation militaire en Libye et en Albanie ; tandis que la première est plutôt sombre, la seconde est assez encourageante. (En effet, l’attaque anglaise contre Bardia semble avoir pleinement réussi ; deux heures après le début des combats, déjà, Bergonzoli estimait que la situation de la place forte était des plus graves.) Mussolini donne lecture de tous les documents, y compris les télégrammes de Graziani, envoyés « alors que cet homme avait perdu l’usage de ses facilités, du moins mentales ». Le Duce juge avec une grande dureté tous les maréchaux, sauf Pecori-Giraldi dont il parle en termes respectueux. Mussolini se contente de citer De Bono, pour ajouter aussitôt : « Remarquez que je ne vous ai rien dit de ce dernier. » Dans l’ensemble, il paraît calme et confiant dans le résultat final, après lequel, dit-il, « la troisième vague de fond, la plus formidable de toutes, balaiera les institutions et les hommes qui, en ces heures, ont révélé leur véritable nature » ; il en prépare déjà secrètement la liste.

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