#Essais

Henri II

Didier Le Fur

Deuxième fils de France, Henri II n’était pas destiné à régner. La propagande de François Ier le négligea, trop occupée à fabriquer pour son frère aîné un destin hors du commun. L’historiographie construisit alors une légende noire, décrivant un règne sans enjeu ni relief. Ce prince méritait un autre traitement. Roi à 28 ans, Henri II a régné sur la France de 1547 à 1559. Comme ses prédécesseurs depuis Charles VIII, il rêva d’édifier un empire. Il fut alors présenté comme celui qui pouvait pacifier le monde, guérir le peuple chrétien de ses souffrances et préparer l’avènement de l’âge d’or. Il pensa d’abord que ce serait par l’Italie qu’il prendrait forme. Son mariage avec Catherine de Médicis exprime cette ambition. Roi guerrier, Henri II lança ses armées contre Edouard VI d’Angleterre, puis contre Charles Quint, son fils Philippe II d’Espagne et enfin Mary Tudor. Soutenu par Anne de Montmorency, il recouvra Boulogne et imposa la présence française en Écosse. La campagne triomphale de 1552 en Allemagne et la très symbolique prise de Calais par le duc de Guise, en 1558, devaient être de nouvelles étapes vers l’empire universel. Sa mort accidentelle lors d’un tournoi durant l’été 1559 interrompit net ses projets, chargeant la toute récente paix du Cateau-Cambrésis d’une lourde amertume et paraissant marquer la fin de l’ambition impériale de la royauté française. Il n’en est rien. L’idéal demeure. Cet empire, les Français le réalisèrent ailleurs et autrement.

Par Didier Le Fur
Chez Tallandier

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Editeur

Tallandier

Genre

biographies historiques

29/01/2009 624 pages 29,00 €
Scannez le code barre 9782847342970
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INTRODUCTION

 

 

Tout le monde, ou presque, connaît ce portrait de Henri II. Un prince de la Renaissance bien fait de sa personne, brun et le teint mat, plutôt grand, tout en muscles, mais taciturne. Discret, d’une intelligence médiocre, il fut moins intéressé par les sciences et les arts que son père, François Ier, même s’il poursuivit la construction de ses châteaux et qu’il participa ainsi au rayonnement de ce « beau seizième siècle ». Sa bonté naturelle le fit aimer de son peuple, mais révéla également un caractère faible. Cet homme fut en effet soumis aux influences pernicieuses, non pas de son épouse, Catherine de Médicis qu’il négligea, mais de son entourage et principalement de sa maîtresse Diane de Poitiers qu’il aima. De vingt ans son aînée, cette femme à la remarquable beauté, autoritaire et ambitieuse, âpre au gain et antiprotestante notoire, gouverna son amant tout comme le royaume. Elle s’associa à Anne de Montmorency, un connétable sans valeur puisqu’il préférait la paix à la guerre, et ensemble ils inspirèrent au roi le lamentable traité du Cateau-Cambrésis. Henri II eut également le tort de favoriser la famille de Guise, des étrangers, qui le poussèrent à entreprendre de virulentes actions contre les réformés. Ce souverain avait donc tout accepté pour plaire à ses favoris, y compris de créer des impôts nouveaux et d’endetter le royaume, dans le seul but de leur offrir des fêtes d’un luxe inouï. Gentil mais sans envergure, sa mort accidentelle dans un tournoi n’eut rien d’héroïque. Son règne ne fut donc pas utile à la France, pis, il ouvrit la porte à l’intolérance.

Ce portrait, bâti à partir de quelques dépêches d’ambassadeurs italiens ou espagnols et d’une foule de légendes qui s’attachèrent peu à peu au souvenir de ce personnage et de ses acolytes, s’esquissa dès le début du XVIIe siècle. Agrippa d’Aubigné en fut l’un des créateurs. Il fut repris par François de Mézeray une quarantaine d’années plus tard, puis entretenu, régulièrement, par tous les auteurs d’histoire de France, jusqu’à un passé récent.

Entouré d’une telle aura, il était presque logique que ce monarque n’intéressât guère les historiens. Seules quatre monographies, dont une en langue anglaise, et de qualité inégale, ont paru sur ce personnage au XXe siècle. Les articles de recherche sont tout aussi rares. La plupart se bornent à traiter des aspects artistiques et culturels du règne. Face à Catherine de Médicis et à Diane de Poitiers, dont les légendes noires ont largement contribué à la survivance de leur souvenir, le règne de Henri II ressemble à une terre en friche balisée par une série de phrases définitives qui dissimulent souvent beaucoup d’ignorance. Ce prince méritait un autre traitement.

Mais le travail que je vous propose n’a pas pour seul objectif de réhabiliter le règne de ce souverain en le dégageant de l’histoire sentimentale, cette histoire que certains auteurs s’évertuent à entretenir, laissant croire à leur public que la politique, « avant », n’était qu’affaires d’alcôve et rivalités de couloir, donnant l’illusion que cette intimité, les sources en notre possession peuvent l’établir. Il faut le dire une bonne fois pour toutes, l’intimité d’un homme ou d’une femme de cette époque est presque impossible à recomposer, même si le personnage en question est un roi de France et peut-être même à cause de cela.

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