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Gazprom, le nouvel empire

Alain Guillemoles

Gazprom est parti à la conquête du monde. Le géant industriel russe dispose des plus importantes réserves de gaz de la planète et jouit d’un pouvoir considérable. Il édite des journaux, possède ses hôpitaux, ses avions, et a même édifié des villes où la plupart des habitants sont à son service. Avec ses 400 000 salariés, il représente 8 % du PIB du pays. Cette enquête relate l’histoire et le fonctionnement de cet empire, et montre comment ce dernier est une pièce maîtresse entre les mains de Vladimir Poutine dans sa stratégie de reconquête de l’influence russe au niveau mondial. Est-ce pour autant une pièce gagnante? Les affaires de corruption et l’épuisement prévisible des ressources ne vont-ils pas fragiliser l’édifice? À l’heure où la question du prix du gaz inquiète à juste titre les Européens, les auteurs éclairent les stratégies politiques et diplomatiques qui se jouent autour de ce dossier crucial qu’est la fourniture en énergie.

Par Alain Guillemoles
Chez Les Petits Matins

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Genre

gaz

01/01/2008 182 pages 17,00 €
Scannez le code barre 9782915879353
9782915879353
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INTRODUCTION

 

 

Pour comprendre la Russie de Vladimir Poutine, rien de mieux que d’aller voir Gazprom de près. Le géant de la production gazière, en effet, n’est pas seulement l’entreprise la plus riche de ce pays. Il est le laboratoire de la nouvelle Russie en train de se construire sous l’impulsion du Président. Il constitue un aspirateur à devises. Mais Gazprom est surtout l’expression la plus achevée du projet politique de Poutine. Après les années Eltsine (1991-2000), vécues comme une humiliation par une partie de l’élite russe, la compagnie gazière offre à la Russie les moyens d’une revanche. Elle permet au Kremlin d’exercer une nouvelle influence au plan mondial. Dans toute l’ex-URSS, Gazprom est un outil pour tenter de mettre à genoux les gouvernements des pays nouvellement indépendants et les obliger à revenir dans le giron de Moscou. Au-delà, l’arme énergétique est mise au service des intérêts russes dans les discussions avec l’Europe, les États-Unis ou la Chine. Gazprom est l’instrument de reconquête d’un statut de superpuissance dont les Russes se refusent à déchoir.

L’essor récent du colosse gazier a tout pour fasciner. Gazprom est un État dans l’État, la colonne vertébrale de l’économie du pays. L’entreprise règne en maître sur un empire de 400 000 salariés et 155 000 km de gazoducs, gère des territoires entiers et pèse 8 % du PIB russe. Elle paye 20 % des impôts collectés par l’État fédéral. Elle fournit un quart du gaz consommé en Europe et possède les plus grandes réserves du monde (17 % des réserves mondiales connues). L’entreprise a bâti sa prospérité en obtenant le monopole des exportations de gaz en Russie, mais elle étend aujourd’hui ses activités à une multitude d’autres secteurs : la banque, la construction, le transport, les médias, le pétrole, la chimie lourde ou la production d’électricité.

L’entreprise s’est aussi lancée dans une expansion internationale impressionnante. Pas une semaine ne se passe sans qu’elle fasse de nouvelles annonces. Elle déploie ses tentacules : accords stratégiques, nouveaux gazoducs, création de nouvelles capacités de stockage, achat de centrales électriques. Gazprom ne vise rien de moins qu’à devenir le premier groupe mondial de production d’énergie, présent de l’amont à l’aval, dans le gaz, le pétrole, l’électricité voire le nucléaire.

 

En 2006, Gazprom est entré parmi les cinq plus grosses entreprises mondiales en termes de capitalisation, tous secteurs d’activité confondus. En avril de cette année-là, après avoir bondi de 11 %, la capitalisation boursière du groupe, coté à Londres et à Moscou, s’est même hissée à la quatrième place mondiale, à 266 milliards de dollars, derrière trois entreprises américaines (Exxon Mobil, General Electric et Microsoft) et devant British Petroleum et la banque Citigroup. Gazprom est alors devenu le premier groupe coté issu d’un pays émergent, loin devant Total, le premier groupe français, valorisé par le marché autour de 180 milliards de dollars, et très loin de Gaz de France, valorisé autour de 45 milliards.

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