#Polar

La soif

Nesbo, Jo

Une jeune femme est assassinée après un rendez-vous pris sur un célèbre site de rencontres. Mais les violentes marques de morsures sur le cadavre ne laissent pas de doute : il ne s'agit pas d'un simple fait divers comme tant d'autres, d'un tête-à-tête qui aurait mal tourné avec un maniaque arpentant le Web. C'est un prédateur particulièrement féroce qui a sévi, assoiffé de sang humain.

Par Nesbo, Jo
Chez Gallimard

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Editeur

Gallimard

trad. Céline Romand-Monnier
05/10/2017 624 pages 21,00 €
Scannez le code barre 9782070145041
9782070145041
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Prologue


Il fixait le néant blanc.

Comme il le faisait depuis trois ans.

Personne ne le voyait et il ne voyait personne. À part chaque fois que la porte s'ouvrait et aspirait suffisamment de vapeur pour lui permettre de distinguer un homme nu, l'espace d'une seconde, avant qu'elle se rabatte et que tout se nimbe de brouillard.

Les bains allaient bientôt fermer. Il était seul.

Il resserra le peignoir en éponge autour de sa taille, se leva de la banquette, sortit, passa devant le bassin vide, gagna les vestiaires.

Pas d'eau coulant dans les douches, pas de conversations en turc, pas de pieds nus sur les carreaux du sol. Il se contempla dans le miroir, passa un doigt le long de la cicatrice de sa dernière opération, qui était encore visible. Il avait mis du temps à s'habituer à son nouveau visage. Son doigt poursuivit sur le cou, la poitrine, s'arrêta à la naissance du tatouage.

Il ouvrit le cadenas de son casier, enfila son pantalon, passa sa veste par-dessus son peignoir encore humide, laça ses chaussures. Il s'assura une dernière fois qu'il était seul avant de rejoindre le casier dont le cadenas à chiffres avait une tache de peinture bleue. Il composa 0999 à l'aide des molettes, décrocha le cadenas et ouvrit le casier. Il admira une seconde l'imposant revolver qui se trouvait à l'intérieur avant d'en saisir la crosse rouge et de l'enfoncer dans la poche de sa veste. Puis il prit l'enveloppe et la décacheta. Une clef. Une adresse et des renseignements plus détaillés.

Le casier contenait encore un objet.

Peint en noir, fait de fer.

Il le leva d'une main à la lumière, examina la ferronnerie avec fascination.

Il allait devoir le laver, le récurer, mais il sentait déjà son exaltation à l'idée d'en faire usage.

Trois ans. Trois ans dans le néant blanc, dans un désert de jours vides de contenu.

Il était temps. Il était temps de boire la vie.

Temps de revenir.

 

Harry se réveilla en sursaut. Il fixa la pénombre de la chambre à coucher. C'était lui, de nouveau, il était de retour, il était là.

« Tu as fait un cauchemar, chéri ? »

La voix qui chuchotait à ses côtés était chaude et calme. Il se tourna vers elle. Ses yeux bruns scrutaient les siens. Et le fantôme pâlit, puis disparut.

« Je suis là, dit Rakel.

— Et je suis là, moi aussi, répondit-il.

— Qui c'était, cette fois ?

— Personne, mentit-il en posant la main sur sa joue. Dors. »

Harry ferma les yeux. Il attendit d'être sûr qu'elle dorme pour les rouvrir. Il explora le visage de Rakel. Il l'avait vu dans une forêt cette fois-ci. Paysage marécageux, enveloppé d'un brouillard blanc qui soufflait autour d'eux. Il levait la main, braquait quelque chose sur Harry. Harry avait juste eu le temps d'entrevoir le visage de démon tatoué sur sa poitrine nue avant que le brouillard ne se densifie et qu'il ne disparaisse. De nouveau.

« Et je suis là, moi aussi », répéta Harry Hole en chuchotant.

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

 

1

Mercredi soir


Le Jealousy Bar était quasiment désert et pourtant il avait du mal à respirer.

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