Un homme au commissariat. Une faute impossible à contourner. Une famille bâtie sur ce que chacun tait. Le Quatrième Péché ouvre sur l’urgence, puis remonte le courant jusqu’à l’enfance de Max Lambert, dans le Roubaix ouvrier des années 1990. Valérie Fayolle avance par secousses, coupe ses phrases, revient en arrière, laisse le présent contaminer le passé. « Cause, action, réaction, conséquence, résultat. » Le rythme est là, net, presque physique.
Mais le livre vaut surtout par ce qu’il déterre. Max grandit à la frontière de deux mondes, fils de Babeth et enfant toléré chez les Delcroix. Sa solitude tient en une phrase : « Plus facile de converser avec les morts qu’avec les vivants. » Et Babeth, magnifique personnage d’effacement et d’obstination, porte la part la plus juste du récit : « Babeth était de celles qui saignent en silence et pleurent en cachette. »
#[pub-1]
Autour d’elle, les différences de classe ne passent pas par de grands discours. Elles s’inscrivent dans les vêtements, les assiettes, les mains usées, les silences. Max, enfant, tranche : « Dieu donne tout aux riches, quand ils sont vivants et quand ils sont morts. »
C’est là que Fayolle est la plus convaincante. Dans ces détails qui blessent sans hausser la voix. Chez Colombe, la domination tient à une douceur venimeuse : « Cette petite musique de fond insinue que tout, chez lui, doit être redressé ou effacé. » Le passé cesse alors d’être un décor : il devient une dette, puis une colère.
La mécanique narrative fonctionne bien. Les allers-retours restent lisibles, les révélations arrivent au bon moment, l’attachement à Babeth donne du poids aux fractures de Max. Certaines sentences frappent juste : « Mon fils, il faut toute une vie pour réussir sa vie. Une fraction de seconde suffit à la foutre en l’air. »
#[pub-2]
Tout n’est pas aussi fin. Le symbole central est parfois trop expliqué, comme si le texte craignait que le lecteur ne relie pas seul les points. L’opposition entre les milieux se raidit alors, quelques personnages perdent en nuance, et plusieurs scènes de désir reviennent aux mêmes images de feu, de corps, de possession. Dans le dernier tiers, l’accumulation des révélations pousse aussi le mélodrame un peu loin.
Le roman finit par nommer ce qu’il a pourtant très bien montré : « L’envie : le quatrième péché, le plus amer. » C’est à la fois sa clé et sa limite. Le Quatrième Péché touche davantage quand il laisse la jalousie, la honte et la faim de reconnaissance circuler dans un geste, un repas ou un silence que lorsqu’il les commente. Reste un récit très efficace, tendu, populaire au meilleur sens du terme, qui sait raconter les blessures sociales sans jamais perdre de vue celles de l’intime.