Votre écrivain préféré était probablement un junky

En 2019, la romancière Cécile Guilbert publiait Écrits Stupéfiants dans la collection Bouquin de Robert Laffont. À travers cet ouvrage d’anthologie, elle explorait les liens entre les auteurs et la drogue à travers les siècles. Qu’elle stimule l’imagination, calme les nerfs ou aide à accéder à l’inconscient, certaines substances semblent être au cœur du processus créatif. Retour sur ces paradis artificiels qui ont contribué à leur façon à écrire quelques pages de l’histoire littéraire

Le 19/02/2021 à 10:17 par Partenaire

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19/02/2021 à 10:17

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Dans l’imaginaire collectif, les écrivains et la drogue ne sont pas si antithétiques. On imagine ainsi aisément un groupe de jeunes surréalistes prendre une quelconque substance avant une séance d’écriture automatique. Mais des figures plus sages de la littérature se sont également essayées à ces plaisirs interdits. Comme le rappelle France culture, Hérodote en sont temps décrivait déjà les effets du chanvre avec les mots d’un connaisseur.

Moins capricieuse que les muses, la drogue semble avoir été une compagne de bien des écrivains à travers les siècles. Mais ce n’est qu’au début du XIXe siècle qu’elle devient un véritable phénomène culturel. Tout commence en 1822 avec la publication des Confessions d’un mangeur d’opium anglais de Thomas de Quincey.

Dans cet ouvrage, l’auteur décrit son quotidien sous l’influence de l’opium, insistant les conséquences de la drogue sur sa créativité. « Il me semblait parfois avoir vécu 70 ou 100 ans en une nuit; j’ai parfois eu de tels sentiments qu’il me paraissait qu’un millénaire s’était écoulé, ou bien correspondant à une durée bien au-delà des limites de toute expérience humaine ».

Traduit par Alfred de Musset en 1828, l’oeuvre sera également commentée par Charles Baudelaire dans la seconde partie de ses Paradis artificiels. Elle aura un grand retentissement culturel et participera à la popularisation de l’opium parmi les intellectuels. Les pages consacrées aux effets néfastes de cette drogue sur l’esprit et l’organisme ne marqueront que très peu les artistes outre-Manche… Publié à notre époque moins favorable à la fumée bleu, l’ouvrage nous indiquerait sûrement où trouver de l'huile de CBD.

Quand la médecine s’en mêle

En France, le rapprochement entre la drogue et les écrivains se fera notamment aux expériences du docteur Moreau. Ce spécialiste de l’aliénation ouvrira en 1845, le Club des hachischins sur l’île Saint-Louis. Baudelaire ou encore Théophile Gautier y feront un tour. Ces écrivains reconnus participaient ainsi à des fantasias, des réunions où l’on ingérait du haschisch pour avoir des visions.

Gautier racontera même cette expérience dans le numéro de février 1846 de La Revue des deux mondes. Il décrit ces réunions comme une « oasis de solitude au milieu de Paris, que le fleuve, en l’entourant de ses deux bras, semblait défendre contre les empiétements de la civilisation ». Un havre de paix ou une salle de shoot, on vous laissera juge.

D’autres auteurs comme Alexandre Dumas se serviront de ces expériences pour mieux décrire des scènes de prise d’hallucinogène dans leurs romans comme ce fut le cas pour l’expérience du haschisch dans le Comte de Montecristo.

De nos jours si la drogue semble être liée à la création musicale plus que littéraire, certains écrivains reconnus se sont frottés aux psychotropes. C’est par exemple le cas de Stephen King, qui durant une bonne partie de sa vie a dû combattre les démons de la drogue et de l’alcool. Cette lutte acharnée contre l’addiction s’est souvent ressentie dans son travail, notamment au travers de personnages marquants comme le très peu sympathique Jack Torrance de The Shining (traduction Joan Bernard, ed. Livre de Poche).

Aujourd’hui sobre depuis plus d’une décennie, l’auteur continue de produire des romans avec une régularité confondante. Comme quoi, nul besoin de prise de substance pour réussir en littérature.. Un pacte avec le diable peut-être ?


Crédit photo : Le vide de l’opium en France —Le Petit Journal — 1903.

 
 
 
 
 

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