Déraisons

« Un adulte, c’est un enfant qui a mal tourné », disait Franquin. Toute la rubrique tient quelque part dans cette formule. Il existe un âge où l’on chante des comptines sans arrière-pensée, puis un autre où l’on commet l’erreur de les écouter vraiment. À force de répétition, les refrains les plus innocents finissent alors par révéler des situations autrement plus troubles : décisions absurdes, hiérarchies douteuses, risques inconsidérés, conflits mal gérés et comportements qui, examinés avec le sérieux nécessaire, mériteraient parfois davantage qu’un simple couplet.

C’est là que l’adulte entre en scène. Non pour retrouver son âme d’enfant, mais pour appliquer à ces petites chansons toute la gravité acquise en vieillissant : méthode, soupçon, sens de la procédure et goût regrettable pour l’analyse. Chaque vers devient une pièce à conviction, chaque refrain un précédent, chaque personnage un cas d’école. Ce qui devait endormir, distraire ou faire rire se transforme soudain en rapport d’audit, en dossier judiciaire, en crise de gouvernance ou en conflit social parfaitement évitable.

Le principe de cette rubrique est donc simple : prendre l’enfance beaucoup trop au sérieux. Regarder ses histoires avec les lunettes déformantes du monde adulte, jusqu’à ce que l’absurde change de camp. Rien n’y est sacré, sinon le plaisir de pousser une logique jusqu’au point où elle déraille avec élégance. Les enfants, eux, continuent de chanter. Les grandes personnes, elles, ouvrent des dossiers.

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