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Lettres & linguistique

La griffe du temps.

Aux devantures des librairies, on ne compte plus les ouvrages d’historiens réfléchissant gravement à leur rapport avec la littérature. Doivent-ils en faire une source de leur savoir, mais en contextualisant la fiction depuis leur surplomb, au risque de ne pas faire mieux que l’histoire littéraire et manquer ce que fait la littérature? Ou bien recourir à l’écriture de la fiction, quitte à s’installer prosaïquement dans l’entre-deux-genres d’une classique monographie? Judith Lyon-Caen propose une aventure plus ambitieuse : à partir d’une nouvelle de Jules Barbey d’Aurevilly, «La vengeance d’une femme», l’historienne part de ce qu’est la littérature : une expérience d’être au monde, pour mesurer l’éclairage que sa discipline peut apporter à la mise en écriture romanesque. Ainsi de ces myriades d’objets, de parures, de rues et boulevards ou de lieux parisiens dont la description a pour fonction d’attester la réalité du récit : l’historien décrypte ces traces du temps, que ce soit le temps de la rédaction ou celui de l’action du récit, en retrouve l’origine, réfléchit à la manière dont le romancier en a été affecté. Non pas pour réduire l’écriture romanesque à un ancrage dans une époque, mais, au contraire, pour éclairer comment une époque nourrit le sens d’une écriture. L’historien en «herméneute» du matériau littéraire, en quelque sorte. Une invitation à apprendre à mieux lire ce qui fait la littérature et ce que fait un romancier.

02/2019

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Apprendre à rédiger

Exprimer ses idées, organiser un brouillon, éviter les erreurs d’expression et ponctuer correctement sa copie… En dix-sept sujets types de rédaction, du commentaire de texte à la parodie en passant par le rapport de stage, ce guide propose des exemples concrets de sujets corrigés, et de précieux conseils pour respecter certains codes de présentation et appliquer les recettes qui retiendront l’attention du correcteur.

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litterature hispano-portugaise

Hotel DF

Frank Henestrosa est journaliste intermittent et poète à ses heures. Surnommé l'Artiste, il se définit lui-même comme « un médiocre et un lâche ». La rédaction d'articles sans intérêt lui ayant néanmoins rapporté la somme de 5000 pesos, il décide de s'offrir quelques jours de vacances à l'hôtel Isabel – un hôtel calme et abordable du centre de Mexico, essentiellement fréquenté par des touristes. rnAu fil des pages, Henestrosa brosse le portrait mordant des personnages qui peuplent cet hôtel, retraçant leurs rencontres, leurs errances. À ses côtés, nous croisons Stefan Wimer, touriste allemand amateur d'alcool, de cocaïne et de filles brunes ; Laura Gibellini, belle Andalouse (avec qui Frank aura une brève aventure) ; le peintre d'avant-garde Gabriel Sandler et sa jeune cousine Sofía amoureuse de lui (elle sera tuée par des dealers) ; Roberto Davison, acteur sur le déclin, et sa femme, l'ancienne mannequin Gloria Manson ; Miguel Llorente, patron d'une confiserie, et bien d'autres encore qui croisent leurs chemins. Sans oublier les réceptionnistes, les femmes de chambre et quelques malfrats qui se sont glissés parmi eux et ont fait de cet hôtel tranquille leur quartier général.rn« Les visiteurs étrangers ne perçoivent pas ce qui se passe dans cet endroit. Eux aussi ont été absorbés par le mouvement d'une ville qui dépasse leur imagination. Les délinquants se promènent à leur aise et personne ne peut arrêter leur sourire. Et pourtant on ne cesse d'y survivre. Les pensionnaires de cet hôtel semblent unis par un même malheur. Le DF [District Fédéral, appellation officielle de Mexico] s'est concentré dans un édifice en pierre et de nombreuses vies sont en danger. Le drame croît de façon silencieuse et continue sous le regard de Frank Henestrosa, un homme sans ambition, dépourvu d'opinions et de sujets importants. C'est à lui que revient de raconter l'histoire. De multiples voix se fraient un chemin dans le roman, et si nous prêtons un peu d'attention à ce qui s'y passe, nous nous apercevrons que dans cet hôtel existe aussi une chambre pour chacun de nous. Étrangers, artistes, sicaires, acteurs, hommes sans destin romanesque, tous se sont rassemblés dans l'ombre et la lumière d'une ville que personne ne pourra raconter : le District Fédéral. »rnComme le décrit Guillermo Fadanelli, cet hôtel est en quelque sorte un microcosme de la capitale folle et menaçante qu'est Mexico, une ville où le danger rôde à chaque coin de rue, où l'on ne peut jamais être sûr d'avoir la vie sauve. Comme dans ses précédents ouvrages, l'auteur porte un regard désabusé, souvent plein de dérision, sur ses semblables, dressant un constat lucide, cependant dénué de tout jugement moral. rnSur Boue :rn« Un roman qui affiche le titre Boue peut-il prétendre incarner le meilleur de la fiction de son pays? Sans aucun doute, oui. [...] Le plus étonnant avec ce livre désespéré et désespérant sur la condition humaine comme sur la société mexicaine, c'est qu'il finit par être un magnifique hommage à l'art du roman, à son infinie supériorité sur les essais en général et la philosophie en particulier. Le roman, à commencer par celui de Fadanelli, prend les hommes tels qu'ils sont, pas tels qu'ils devraient être. C'est pour cela qu'il les aide à vivre. Qu'il peut transformer la boue en or. » (Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles)rn« Tout l'art de Fadanelli, qui n'est pas mince, aura consisté à nous masquer la chose au début du récit - qui se trouve être à la fin de la fiction - à travers les monologues de son héros, dont nous ne percevons que très tard qu'il est en cellule. C'est en détention qu'il revient sur sa vie et ses mésaventures et qu'il expose ses idées sur l'inanité de la philosophie […]. Reconnaissons-le, ce monologue furieux d'un intellectuel atypique est extrêmement savoureux et roboratif. » (Jacques Fressard, La Quinzaine littéraire)rn« Le tandem du prof de philosophie en décrochage sexuel et de la vendeuse se supermarché en cavale avec la caisse s'inscrit dans le sillage de Philip Roth. Mais cette course à l'abîme a un tel accent de vérité qu'on est captivé de bout en bout. […] Fadanelli cultive un cynisme désenchanté et tonique. » (Jacques Lindecker, Le Soir)

02/2012

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