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Vagabondes, voleuses, vicieuses

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Vagabondes, voleuses, vicieuses

Nées dans les années 1930-1940, Rose, Luce ou Adèle, jeunes adolescentes à la Libération, trentenaires lors des soulèvements de Mai 1968, sont aujourd'hui grands-mères. Issues des milieux populaires, elles ont grandi dans les faubourgs parisiens et les petites villes de province. Et toutes ont été considérées, dans la société de l'après-guerre, comme des " délinquantes " : des traces de leur vie sont consignées dans les archives judiciaires... Qu'est-ce qui a conduit ces jeunes filles à être étiquetées comme telles ? Quels ont été leur vie, leurs rêves, leurs amitiés, leurs amours ? Et qu'ont-elles transgressé ? N'ont-elles pas été plus libres de travailler et d'avoir des aventures que leurs soeurs de l'entre-deux-guerres ? Il semble qu'avoir seize ans pendant les Trente Glorieuses implique, pour une jeune fille, d'obéir à un code de conduite précis : sortir, mais surtout avec des copines, flirter, mais du bout des lèvres, ne pas boire, et jamais dans des cafés. Car il faut avant tout s'attacher à trouver un mari, fonder un foyer... Et tous - familles, voisins, police - veillent au respect de ces règles. Une fugue, la fréquentation d'une amie " dévergondée ", un fiancé peu apprécié... Autant d'éléments qui conduisent la jeune fille " fautive ", " vagabonde ", " voleuse " ou " vicieuse ", sur les bancs de la justice - surtout lorsqu'elle incarne en plus une classe " dangereuse ".

02/2022

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Vagabondes, voleuses, vicieuses

Luce : "vagabonde" ; Adèle : "voleuse" ; Emilienne : "vicieuse" . Trois mots, qui valent rappel à l'ordre, réquisitoire, sanction. Ou comment le langage, le système éducatif, la psychiatrie et l'institution judiciaire construisent le féminin, en lui opposant des contre-modèles. Dans les années 1950 et 1960, une adolescente a tôt fait de virer "mauvaise fille" : un flirt, une sortie au bal ou au café, voire une simple fugue de quelques heures peuvent suffire à enclencher l'engrenage judiciaire, qui la conduit devant le juge des enfants. Beaucoup seront ensuite placées en internat, hospitalisées, ou emprisonnées. Un mécanisme que Véronique Blanchard dévoile à travers l'analyse de centaines de documents exhumés des archives du tribunal pour enfants de la Seine. Les voix des jeunes filles qui en surgissent racontent autant de trajectoires brisées, de rêves réprimés - et de révoltes indomptées. Elles nous plongent dans les coulisses de la fabrique du genre et des inégalités. Car si les lois ont évolué, si les regards portés sur le genre ont changé, si les adolescentes d'aujourd'hui ne portent plus les mêmes prénoms, certains mécanismes, eux, perdurent : ces voix n'ont aujourd'hui rien perdu de leur force subversive. Véronique Blanchard est historienne. Responsable du Centre "Enfants en Justice" de l'Ecole nationale de Protection judiciaire de la jeunesse, un lieu consacré à l'histoire de la justice des enfants, elle est co-rédactrice en chef de la Revue d'histoire de l'enfance "irrégulière" , et co-auteure, avec David Niget, de Mauvaises filles. Incorrigibles et rebelles (Textuel, 2015).

09/2019

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