Le nez dans les bouquins ne m’a jamais empêché de pointer constamment mon regard vers le ciel. J’avais et j’ai toujours la tête dans les nuages. En d’autres termes, je suis un passionné de météorologie. Comme dirait Brassens dans sa chanson « L’orage » : « J'ai consacré mon temps à contempler les cieux / A regarder passer les nues / A guetter les stratus, à lorgner les nimbus / A faire les yeux doux aux moindres cumulus. »
Très jeune, j’avais déjà une petite station météo sur le rebord de la fenêtre et un météorologue de Météo France près de chez moi m’avait donné un vrai carnet de professionnel pour consigner différents indicateurs. Très consciencieusement, je consignais au des relevés, entre autres, de températures. Et lorsque le seuil des 30° était franchi en Val de Loire, c’était une limite tout à fait remarquable qui donnait des sueurs chaudes.
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Il faisait très chaud, considérait-on, mais ce n’était rien face à un certain été dont on me parlait. Oui, je fais partie de cette génération où la seule référence en termes de chaleur extrême et de sécheresse, c’était l’été 1976. La fameuse canicule de 76.
Canicule. Le mot est lâché. Elle s’est repointée en 2003. Et puis l’année d’après encore. Mais cette fois-ci, sous la plume d’un auteur, véritable pyromane littéraire, embrasant les tables des librairies. En ouvrant le roman de Laurent Gaudé à l’époque, j’ai ressenti le chaud dès les premières lignes. Un souffle ardent venant des Pouilles échauffait le libraire que j’étais.
Depuis, nous en avons connu des canicules : étés torrides, rentrées littéraires enflammées. Et je rougis toujours aux moindres lignes qui me laissent, non pas de glace, mais consumé par l’incandescence des mots, l’ardeur des auteurs. Sommes-nous à la veille d’une canicule littéraire pour la rentrée ? Les différents baromètres et prévisionnistes éditoriaux nous le prédisent.
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Quant au soleil, il n’est plus réservé à la seule famille des Scorta, aux terres de l’Italie. Il est devenu le soleil de plomb de tout un continent. Extrait, avec les premières lignes du roman :
« La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d’août pesait sur le massif de Gargano* avec l’assurance d’un seigneur. Il était impossible de croire qu’en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l’eau ait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu’une vie animale ou végétale ait pu trouver — sous ce ciel sec — de quoi se nourrir. Il était deux heures de l’après-midi, et la terre était condamnée à brûler. »
*Massif dans la région des Pouilles, au sud de l’Italie.