Recherche

Le Dilettante

Extraits

ActuaLitté

Littérature

Panne de secteur

La détresse, s’il y a des fusées et des signaux pour ça, il existe aussi des noms, des prénoms qui donnent d’emblée une note douloureuse à un récit. Prenez Bérénice, celle de la tragédie racinienne cruellement fataliste, ou celle d’Aragon happée par la tristesse, qui ont empreint leur prénom d’une amertume éternelle. Une douleur dont hérite la Bérénice de Panne de secteur, héroïne du roman de Philippe B. Grimbert. Biberonnée à la culture et confinée d’amour, dopée à l’effort et à la réussite, elle est l’enfant unique de Sylvie et de Paul, archétype du couple de la classe moyenne, victimes de la sectorisation. Le père, fiévreux, ne recule devant rien, quitte à commettre quelques indélicatesses, pour permettre à sa fille d’intégrer l’école de l’excellence. C’est là que Bérénice découvre simultanément premiers émois et affres amoureuses en la personne du bel Aymeric, barbiche et catogan, aussi vaticinant que référencé, à qui les origines prolétariennes confèrent une aura de révolutionnaire romantique. Une idylle timide et tâtonnante, sans vrai élan, qui tourne vite au carambolage affectif avec l’aide pataude et frénétique du père, et conduit au démantèlement de la galaxie familiale. Toute la lyre de la déconfiture psychoaffective. Philippe B. Grimbert mène cœur battant, avec une ardeur vorace et un lyrisme vibrionnant, une écriture qui donne à cette histoire résolument contemporaine l’intensité électrique d’une tragi-comédie.

01/2020

ActuaLitté

Critiques et essais

Natchave

Jusqu’à il y a peu, en philosophie, antique patrie du concept poli à la main et de la dialectique fin moulue, Alain était synonyme de commerce pondéré, de sagesse en trois points et de radicalisme sur coussin d’air. Enfin Guyard vint. Guyard le goliard, le poissard, le soudard, nous rappelant que les Alains, long time ago, furent une tribu des plus barbares. Avec lui philo se fit folie, défroqua la toge, mit les doigts dans le nez et dans la prise, se risqua aux mauvais lieux et substitua au portique de Zénon ceux que Dame Sécurité impose à l’entrée des centrales. En témoignent à la barre les trois titres qu’icelui publia au Dilettante, on l’y voit philosopher au coeur de la taule, frôler le ravin avec des Gitans et s’encanailler la sagesse avec tout ce que le monde compte de marginaux. À lire Natchave, son quatrième titre, le dossier de l’auteur s’épaissit : natchave, en bel argot, signifiant « s’en aller, partir, se faire la belle ». S’y démontre en effet ce que le futur pensant retiendra comme « le théorème de Guyard ». Énonçons : « La profondeur de la pensée est fonction de l’usure des semelles. » À savoir que si, quelqu’un se dit penseur, matez-lui les tatanes : pures d’éraflures, vous avez affaire à un rentier du logos, un de ces fonctionnaires du cogito qui touillent la soupe conceptuelle dans un sens puis dans un autre ; mais, si elles sont usées jusqu’à la corde ou si le crèpe est fourbu, sans doute avez-vous touché un vrai, un tatoué du jus de crâne. Car le philosophe va et sa pensée va de concert, marche, rôde, randonne, dort dehors et rentre tard, passe en fraude. Au fil de ce flamboyant et turgescent traité de philosophie à grandes foulées, Guyard nous modèle un Socrate SDF, lointain disciple des chamans thraces, nous cisèle un portait d’Antisthène l’anti-système, maître de Diogène, déroule l’histoire des goliards, escholiers en rupture de colliers académiques et de bancs de galère scolastique, entrelardant le tout de tranches de vie juteuses, guyanaises, camarguaises et surtout gitanes. Tous les chemins mènent aux Roms.

10/2018

ActuaLitté

Littérature

les étrangers

Comme il nous l'a appris avec Jours de dèche, son premier livre paru au Dilettante, Didier Delome revient de loin, de bien loin, d'aussi loin que la faillite sociale, la dépression, la précarité quotidienne peuvent vous mener quand, Job réincarné, on a tout, même bien plus et que soudain on n'a plus rien, que tout autour de vous se dissout et se volatilise. Un naufrage qui l'amène, dans ce deuxième roman, à se remémorer, à l'occasion d'un baptême familial, d'où il vient, tout simplement, mais sans pardon, à passer les siens en revue, à tracer une ligne rouge vif sous les colonnes gains et pertes pour apurer les comptes familiaux. D'où cette chronique au long cours, cet entrelacement de témoignages à chaud et à vif, zigzaguant entre les amertumes du passé et les médiocrités du présent. Et toute la parentèle et la fratrie d'être convoquées, avant tout sa si belle et si honnie maman " gouine ", convoitée bec et ongles par le Tout-Gomorrhe, promise à une vieillesse atroce, à ses maîtresses jet-setteuses, Lucienne et Monique, Loulou de Montmartre, grand chambellan lyrique de la scène trave et des nuits gays, Trésorette et M. Limonade, roi du soda. Une parade sauvage que, enfant triste et brinquebalé puis adolescent aventureux et fugueur, il suit d'un oeil amer et vengeur. Une chronique incandescente des nuits parisiennes des années cinquante, soixante et soixante-dix.

08/2019

ActuaLitté

Non classé

Jours de dèche

Est dans la dèche qui a déchu, a déchu qui est en déchéance, qui est tombé, s’est retrouvé, tel un déchet, à ras de terre, à fleur de sol.
Pour le poissard, le dénué, s’amorce alors des jours de misère qui comptent triple et qu’il va falloir endurer en avançant sur les coudes, patiemment et sans trembler.
Ce sont pareils jours que nous chronique par le menu Didier Delome. Jusqu’à un certain moment, sa vie de galeriste parisien, de dispendieux dandy, « était une fête où tous les vins coulaient », une fiesta surpeuplée dont il fendait la foule, verre en main et perroquet à l’épaule. Puis tout s’est défait, a sombré dans un chaos dépressif, une nuit poisseuse, grouillante de cafards, que le suicide, raté, ne peut engloutir et s’achève par l’intervention des huissiers. Out. À la SPA les aras, à l’encan l’art et à la rue l’homme du monde. On assiste alors, narré jour après jour, à une infatigable reconquête de soi, à un méthodique et impitoyable exercice de reconfiguration : vie chiche, à la piécette près, survie au cordeau, chaque objet comptant, mesurer les déplacements et surtout faire face, faire avec autrui, renouer.
De Villiers-le-Bel à Reuilly-Diderot, du RER à la dérade permanente, d’un hébergement l’autre, rue après rue, au fil d’entretiens d’embauche sans vrais lendemains, le personnage surnage, espère, redoute. Rien ne vient. Seul sol ferme où, sans bâtir, faire germer : l’écriture, là, présente. Alors écrire envers et contre tout. En espérance. Demain est un autre jour.

08/2018

ActuaLitté

Non classé

Babylone Express

Sang chaud et verve drue ne sauraient mentir, et cette Malfilâtre-là, Mathilde-Marie, un prénom d’archiduchesse, rend des points à son lyrique ancêtre, Jacques-Louis, douloureux poète des Lumières. Luna, l’héroïne du roman, la neuve, l’unique, le feu à la fente et la joie au cœur , pitbullise sa vie jusqu’au sang, racle l’os et avale tout sans trembler. En témoigne ce Babylone Express qui entre au catalogue du Dilettante avec des entrechats de voiture-bélier et des vocalises de lance-flammes. Quelque part entre Burroughs et Grisélidis Réal. Rita Renoir en plein vaudou. Les choses avaient pourtant dignement commencé : madrée lieutenante de la gendarmerie nationale vouée à l’observation des éco-terroristes, elle affiche 1,73 m d’efficacité galonnée et 59 kg de pugnacité opérationnelle. Un modèle. Mais voilà qu’elle se découvre et un cœur de chevaucheuse de dragons et des appétits d’ogresse. Apocalypse XXL. Le dragon, en l’occurrence, se nomme Marco, dealer aristocratique et maquisard végan. Remisé l’uniforme, posées les épaulettes, s’enclenche alors une phénoménale partie de chaloupée cosmique. La bête à deux dos ricoche aux quatre coins de l’Europe. Des bars à beuh de Marrakech aux boîtes à partouzes de Berlin, des chevaliers du taste-shit aux keupons saumâtres, rien de ce qui fait étincelle ne leur est étranger. Nos tourtereaux dealent, draguent, dansent, se dopent, dévissent et se damnent avec une abyssale fringale de déglingue et un talent instinctif pour les soubresautantes extases lysergiques. Peu importe comment tout cela finit, passé certaines limites parler de ticket n’est plus tenable. Reste un livre ivre, crépitant et suicidaire, une tonique aubade aux vertiges toxiques. À s’injecter cul-sec. Merci jeune fille !

ActuaLitté

philosophie textes / critiques / essais / commentaires

La Zonzon

Lazare Vilain, philosophe de formation et dialecticien de vocation, s'en vient, suite à une proposition officielle, à enseigner son noble art devant un public de taulards, histoire de pondérer leurs ardeurs et d'ouvrir dans leur mental irascible une fenêtre vers le ciel des transcendantaux.
Nietzsche a rêvé d'une " philosophie à coups de marteau ", Guyard vous offre, porté par un style goûteux et argotique, la métaphysique à coups de mandales. " Et voilà comment j'étais en train de monter la seule école française de philosophie qui ne recrutait pas des pisse-froid de normaliens ou des agrégés de mes deux, mais de solides castagneurs, des videurs de boîtes à putes et des maquereaux de la Côte d'Azur.

La faculté n'avait qu'à bien se tenir. Tremblez, rédacteurs de Philo Magazine et petits philosophes branleurs qui se la pètent anars et posent en rebelles en lisant du Onfray. L'hallali de la philosophie confisquée par les bourgeois a sonné !. Bientôt vont débouler sur les champs de course du concept des lascars sans foi ni loi, citant Stirner, Paul Lafargue et Georges Sorel !. "

08/2011

Articles

ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté
ActuaLitté