« Au-delà de Central Station, l’immense spatioport qui relie la Terre aux mondes grouillants de vie du système solaire, il y a une ville. Elle s’était par-delà le golfe d’Aqaba et le détroit de Tiran, dans la vieille province désertique saoudienne autrefois connue sous le nom de Tabouk. Les fondateurs de la cité l’ont baptisée Neom.
Quand vient la saison des tempêtes de sable, l’air chaud est refroidi par les bourrasques qui s’engouffrent dans ses larges avenues. Les champs solaires et les fermes à vent qui s’étendent au-delà de la ville proprement dite, dans le désert, à l’intérieur des terres, captent et restituent toute l’énergie dont al-Imtidad a besoin. »
Mariam, une femme qui cumule les petits boulots, offre une fleur à un étrange robot. Abîmé, rouillé, cette machine sans nom semble porter toute la mélancolie du monde sur ses épaules. Au détour d’une conversation, se pose la question des émotions, des sensations. Est-il en vie ? Mariam aurait tendance à dire que oui… En parallèle, un jeune garçon se sent perdu. Toutes les personnes qu’il a toujours connues ont été emportées, coincées quelque part dans le désert, alors qu’il a réussi à survivre. Désormais orphelin, Saleh voyage avec un mystérieux artéfact dans ses affaires, qu’il espère revendre pour quitter cette planète et recommencer à zéro. Mais tout commence à Neom. Ville futuriste, où circule une richesse indécente autant qu’une misère étouffante.
En filigrane, on saisit que partout ailleurs, des guerres avaient fait rage. Encore aujourd’hui, des reliques, des échos du passé murmurent… Comme si le danger n’avait jamais tout à fait été écarté. Impitoyables, destructeurs, ces conflits ont laissé des marques indélébiles. Les dégâts subsistent, autant dans l’architecture de la ville que dans la mémoire des habitants.
Dans ce nouveau roman, Lavie Tidhar prolonge l’univers de Central Station. Dans cet univers où les planètes, connues comme imaginées, communiquent et sont habitées par tant de créatures et d’êtres humains, ce nouveau voyage nous donne l’occasion de s’arrêter, de contempler. Avec des airs de philosophie, cette histoire mêle souvenirs enfouis, guerres du passé, incertitudes quant à l’avenir, tout en proposant de donner à chaque personnage que l’on croise la possibilité de nous émouvoir.
Traduction de Julien Bétan.