#Roman francophone

L'été des charognes

Simon Johannin

Merde, dans toute chose il y a une part pour les anges. Simon Johannin

Par Simon Johannin
Chez Editions Allia

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Genre

Littérature française (poches)

05/01/2017 144 pages 10,00 €
Scannez le code barre 9791030405842
9791030405842
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ON MARCHAIT sur le bord de la route quand on est tombés dessus, ça faisait déjà quelques jours qu'on le cherchait.

Il s'était barré après ça, comme si tout de suite il avait senti que ça allait chier pour lui. Il paraît qu'ils peuvent sentir ce genre de chose les chiens, en tout cas lui il avait bien senti.

C'est Jonas qui l'a vu en premier, il était en train de fouiller dans les feuilles avec sa truffe juste à l'entrée du champ qui part sur la gauche de la route, celle qui mène au hameau qu'on habite tous les deux.

On l'a fait venir un peu plus loin jusque dans la remise avec la grille accrochée au plafond qui servait avant à faire sécher les châtaignes dans le bois avec les grands hêtres.

Il voulait pas entrer dans la remise alors on l'a frappé bien fort dans la gueule avec un bâton pour qu'il y aille et il a couru se mettre au fond contre le mur.

Nous on s'est tous les deux mis derrière lui, la porte était très basse et il y avait des feuilles mortes partout sur le sol. On y voyait pas grand-chose parce que Jonas et moi on cachait la lumière du jour qui entrait derrière nous, si bien que le chien il a dû voir que nos ombres se pencher et ramasser les pierres au sol et les lui jeter bien fort en plein sur sa tronche de con.

Il a commencé à gueuler pire que la mort et nous on l'a défoncé avec les pierres jusqu'à ce qu'il gueule plus du tout. Ça a duré longtemps mais à la fin on aurait dit qu'il restait plus que des poils, du sang et un bruit d'os mouillé qui flottait dans l'air humide de la cabane.

On est restés là un moment à sentir la drôle d'odeur se répandre dans la pièce puis on a fait demi-tour, on allait bientôt nous appeler à table et fallait pas qu'on soit à la bourre si on voulait pas se prendre tout de suite la première droite de la journée.

J'ai grandi à La Fourrière, c'est le nom du bout de goudron qui finit en patte d'oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les premiers arbres. La Fourrière, c'est nulle part.

Le père il s'est mis là parce qu'il dit qu'au moins, à part ceux qui ont quelque chose à faire ici personne ne l'emmerde en passant sous ses fenêtres.

Il y a trois maisons, la mienne, celle de Jonas et sa famille et celle de la grosse conne qui a écrasé mon chat, celle à qui il était le chien qu'on a défoncé avec les pierres et qui vient que de temps en temps pour faire ses patates et pour faire chier.

On savait qu'elle l'avait fait exprès, parce qu'un jour on l'avait entendue dire à la mère de Jonas qu'elle trouvait qu'il y en avait beaucoup trop ici des chats.

Au début on voulait prendre le fusil de chez Jo pour faire le coup, mais son père l'avait planqué depuis que Mika le grand frère à Jonas, une fois qu'il était bourré il avait tiré dans le pare-choc du quatre-quatre d'un des types du village parce qu'il avait baisé sa copine derrière un buisson à la fête des châtaignes.

Le cri du chien résonnait encore dans ma tête pendant qu'on avançait lentement sous le tunnel d'ombre que formaient les arbres des deux côtés de la route, le cri que fait le sang quand il coule, le même genre de glouglou qui sort de la gorge des animaux quand on les abat dans les fermes.

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