#Roman jeunesse

Y'a pas de héros dans ma famille !

Jo Witek

Avant, Maurice Dambek et Mo s'entendaient super bien. Avant, j'étais heureux, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l'école et celui de la maison. A l'école : on se tient bien, on parle comme dans les livres, on entend une mouche voler et il ne faut jamais oublier les "Merci" et les "S'il vous plaît". A la maison : ça parle fort, ça hurle du dedans et du dehors, ça dit des gros mots. Mais voilà, Hippolyte Castant s'est pointé et tout s'est effondré. Tout à coup, mes deux vies ne se sont plus mélangées. Mo et Maurice Dambek ne pouvaient plus se saquer. Et vu que les deux c'est moi, c'était horrible. A l'occasion d'un exposé pour l'école, Mo change brutalement de regard sur sa famille loufoque : pas un seul héros ? Vraiment que des zéros ?

Par Jo Witek
Chez Actes Sud Editions

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Auteur

Jo Witek

Genre

Lecture 9-12 ans

11/01/2017 133 pages 13,50 €
Scannez le code barre 9782330072476
9782330072476
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En mémoire de mon oncle, Charles Hiroux, jeune résistant fusillé par les miliciens le 24 juillet 1944 à Tinténiac.

 

 

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AVANT, MAURICE DAMBEK ET MO s’entendaient vachement bien.

Avant, je pensais que tous les élèves de la classe de CM2 de Mme Rubiella étaient comme moi. Des mutants de dix ans avec deux vies et deux identités bien séparées. À l’école, des élèves avec un nom et un prénom sur leurs étiquettes de cahiers. Chez eux, des enfants affublés d’un petit surnom un peu bébé et bébête du genre doudou, minou, ma poupée, mon kéké.

Moi, c’est Mo, mais c’est aussi, Tit’tête, mon chou et bouffon à lunettes.

Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d’un pays à l’autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l’école et celui de la maison. J’étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières. À l’école : on se tient bien, on parle comme dans les livres, on entend une mouche voler et il ne faut jamais oublier les “Mercis” et les “S’il vous plaît”. À la maison : ça parle fort, ça hurle du dedans et du dehors, ça dit des gros mots. La télé aussi parle fort comme les jeux vidéo. Chez moi, ça mitraille sec, ça tue des gens, des monstres, des fruits et des bonbons et les écrans ne s’éteignent jamais. On parle une autre langue. Un mélange de mots d’école et puis d’autres, des gros, des interdits et même des inventés. Avant, “Merci, au revoir et bon appétit” côtoyait “Vas-y enfoiré, casse-toi bouffon à lunettes et viens bouffer”. Pas de prise de tête, et tout était clair entre ma classe bien rangée et ma maison loufoque. Il suffisait de ne pas se tromper de langage, de ne pas se mélanger les guibolles avec les mots, les expressions ni les façons. Mais, en général, mes deux vies école et maison ne se rencontraient jamais, sauf quand ma mère venait apporter des crêpes à la maîtresse pour les goûters spéciaux ou la kermesse de fin d’année. Là, j’étais fier de ma maman quand, à la demande de Mme Rubiella, toute la classe l’applaudissait pour la remercier.

— Alors, combien vous en avez fait cette fois, madame Dambek ?

— Cent vingt, comme ça y en aura pour tout le monde : les gamins et les gens qui travaillent à la cantine et au ménage.

Ma mère, elle est généreuse. Elle pense toujours aux gens qui travaillent dur discrètement, à ceux que personne ne remercie jamais. Elle est forte pour ça, ma mère. Elle est forte tout court d’ailleurs, ma mère. C’est pour ça que mes frères l’appellent parfois la grosse dondon. Ils se moquent. Ils blaguent mais, moi, j’aime pas trop quand ils le font, parce que maman ça lui fait mal aux jambes d’être forte, surtout quand elle monte les escaliers et qu’elle étouffe en plus.

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