#Roman étranger

Vera

Karl Geary

Sonny est un jeune Irlandais de seize ans. Bien sûr, il veut échapper au destin sans horizon qui l'attend. Lorsqu'il croise le regard de Vera, sa beauté lui donne immédiatement le vertige. Elle vit dans les quartiers chics de Dublin, dans un monde étranger à Sonny. Elle ne dit jamais son âge. Elle parle peu. Mais elle sait l'écouter comme personne ne l'a jamais fait. Vera et Sonny vont vivre une histoire. Intense, dévastatrice et sublime. On sait dès les premiers gestes de tendresse que l'état de grâce ne peut durer, mais on est emporté par la puissance émotionnelle de ce roman, magnifique chant d'amour.

Par Karl Geary
Chez Rivages

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Editeur

Rivages

Genre

Littérature étrangère

trad. Céline Leroy
30/08/2017 276 pages 21,50 €
Scannez le code barre 9782743640552
9782743640552
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À Laura

 

 

1

 

« On vit dans un monde effrayant. » Joe McCann prit la portion de steak haché du bout des doigts et la glissa dans un petit sachet en plastique blanc. « Vrai de vrai, poursuivit Joe. Vrai de vrai. »

Debout à côté de Mme Anderson, tu nettoyais la vitre de l’étal avec du papier journal replié et de l’eau mélangée à deux cuillerées de vinaigre. Mme Anderson avait un pansement sur le côté de la tête et sur les bords, tu voyais la contusion, noir et bleu.

« Ça fait juste au-dessus d’une livre, Madame Anderson, est-ce que ça vous convient ? »

Il n’attendit pas la réponse. Il ferma le sachet avec une longueur de scotch rouge et le déposa sur le comptoir comme un ballon blanc.

La main de Mme Anderson trembla quand elle tendit ses pièces par-dessus la vitre. Cela lui coûtait de soulever le sachet de viande et de faire de la place dans son panier de courses.

« J’espère qu’ils vont leur mettre la main dessus, dit Joe. Mais ça va venir, ça va venir. Ouvre donc la porte à madame Anderson, tu veux, Sonny ? »

Tu coinças le papier journal humide sous ton bras et courus ouvrir la porte à la dame. La clochette émit un son aigu tandis que la cliente sortait et tu sentis le papier trempé à travers ta chemise.

« Allez, on est avec vous, hein, on est avec vous », dit Joe.

Mick arriva de l’arrière-boutique et se posta près de Joe. « Affreux », dit-il en s’essuyant lentement les mains sur son tablier. Tu ne savais jamais si ses interventions avaient un sens ou s’il t’asticotait. Tu n’étais pas doué pour ce genre de choses. Il te lança un clin d’œil quand il vit que Joe regardait ailleurs.

Ils étaient là, Joe et Mick, silencieux, pareils à deux serre-livres, soudain figés comme si leur dernière pensée en date était importante, qu’ils ne voulaient pas l’oublier.

Joe était grand et devait avoir autour de cinquante ans. Un visage si doux qu’il t’était impossible de le regarder longtemps sans détourner les yeux.

Un supermarché s’était implanté à moins d’un kilomètre et demi. Mick n’en parlait jamais devant Joe ; de ça, du fait que les derniers clients de la boucherie étaient les personnes âgées qui ne conduisaient pas, que la boutique était située entre un bureau de poste et un resto chinois qui faisait de la vente à emporter. Pas un mot, telle une maîtresse délaissée incapable d’expliquer l’origine de ses malheurs.

Une fois la vitre nettoyée, tu allas chercher le balai dans l’arrière-boutique pour débarrasser le sol de la vieille sciure. Mick s’ennuyait, tu l’entendis entrer dans la pièce derrière toi. Il se posta devant le miroir ébréché accroché au mur par un morceau de câble enroulé autour d’un clou au-dessus de l’évier. Il dégaina son peigne comme un cow-boy son six-coups.

« T’en as déjà touché une, Sonny ? dit-il.

– Quoi ? »

Son petit peigne passait sans difficulté dans ses cheveux qu’il avait bruns, fins et gras. « T’en as touché une, est-ce que t’en as touché une ?

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