#Imaginaire

La trilogie de la poussière Tome 1 : La Belle Sauvage

Philip Pullman

A l'auberge de la Truite, tenue par ses parents, Malcolm, onze ans, voit passer de nombreux visiteurs. Tous apportent leurs aventures et leur mystère dans ce lieu chaleureux. Certains sont étrangement intéressés par le bébé nommé Lyra et son daemon Pantalaimon, gardés par les nonnes du prieuré tout proche. Qui est cette enfant ? Pourquoi est-elle ici ? Quels secrets, quelles menaces entourent son existence ? Pour la sauver, Malcolm et Alice, sa compagne d'équipée, doivent s'enfuir avec elle. Dans une nature déchaînée, le fragile trio embarque à bord de La Belle Sauvage, le bien le plus précieux de Malcolm. Tandis que despotisme totalitaire et liberté de penser s'affrontent autour de la Poussière, une particule mystérieuse, deux jeunes héros malgré eux, liés par leur amour indéfectible pour la petite Lyra, vivent une aventure qui les changera pour toujours.

Par Philip Pullman
Chez Editions Gallimard

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Genre

12 ans et +

trad. Jean Esch
16/11/2017 544 pages 22,00 €
Scannez le code barre 9782075091268
9782075091268
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À Jude

 

 

Le monde est plus fou et plus vaste qu’on ne le pense,

D’une incorrigible pluralité…


Louis MacNeice, Neige

 

 

PREMIÈRE PARTIE


LA TRUITE

 

 

1


La salle de la terrasse

Au bord de la Tamise, à cinq kilomètres en amont du centre d’Oxford, à l’écart de l’endroit où les grands collèges Jordan, Gabriel, Balliol et deux douzaines d’autres s’affrontaient dans des courses nautiques, là où la ville n’était qu’un ensemble de tours et de flèches au loin, au-dessus des nappes de brouillard de Port Meadow, se dressait le prieuré de Godstow, occupé par de gentilles bonnes sœurs qui vaquaient à leurs saintes occupations, tandis que sur la rive opposée se trouvait une auberge baptisée La Truite.

Cette auberge était une vieille construction de pierre confortable, pleine de coins et de recoins. Il y avait une terrasse, qui surplombait le fleuve, sur laquelle deux paons (nommés Norman et Barry) se déplaçaient d’un air hautain parmi les clients qui se désaltéraient, n’hésitant pas à voler des amuse-bouche et levant parfois la tête pour pousser des cris féroces, sans aucune raison. Il y avait un salon où la bourgeoisie (si les Érudits entrent dans cette catégorie) venait boire de la bière et fumer la pipe ; il y avait un bar où les bateliers et les fermiers s’asseyaient près de la cheminée, jouaient aux fléchettes ou se regroupaient au comptoir pour échanger des ragots, se disputer ou tout simplement se soûler sans embêter personne. Il y avait une cuisine dans laquelle la femme du propriétaire préparait chaque jour un gros rôti, à l’aide d’un dispositif complexe de roues et de chaînes qui faisait tourner une broche au-dessus du feu. Et il y avait un jeune serveur nommé Malcolm Polstead.

Malcolm était le fils, et l’unique enfant, du propriétaire. gé de onze ans, il était d’un naturel chaleureux et curieux, râblé et roux. Il fréquentait l’école d’Ulvercote, à un peu plus d’un kilomètre de là, et ne manquait pas d’amis, mais son plus grand plaisir, c’était de jouer seul avec son dæmon Asta, dans leur canoë, sur lequel il avait peint le nom : La Belle Sauvage1. Un petit malin de sa connaissance trouvait amusant de griffonner un S par-dessus le V2, et Malcolm l’avait patiemment repeint trois fois, avant de perdre son calme et de balancer cet imbécile dans l’eau, après quoi les deux garçons avaient fait la paix.

Comme tout enfant d’aubergiste, Malcolm devait mettre la main à la pâte : faire la vaisselle, porter les plateaux chargés d’assiettes et de chopes de bière, et débarrasser les tables. Cela lui semblait naturel. Le seul désagrément dans son existence était une fille prénommée Alice, qui l’aidait à faire la plonge. Elle avait environ seize ans, un grand corps tout maigre et des cheveux bruns ternes qu’elle attachait en une queue-de-cheval peu flatteuse. Des rides d’amertume apparaissaient déjà sur son front et autour de sa bouche. Dès son arrivée, elle s’était mise à l’asticoter : « C’est qui ta petite copine, Malcolm ? Tu n’as pas de petite copine ? Avec qui tu étais dehors hier soir ? Tu l’as embrassée ? Tu as déjà embrassé une fille ? »

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