#Roman étranger

La nouvelle vie de Kate Reddy

Allison Pearson

Kate Reddy compte les quelques semaines qui la séparent de la cinquantaine avec effroi. Si on ajoute à cette angoisse les hormones qui s'agitent, des ados qui ont besoin d'elle mais qui ne lui adressent pas la parole, des parents qui vieillissent et redeviennent des enfants, un mari qui se cherche et a décidé de s'offrir un break pour se consacrer à la méditation... Kate se trouve prise dans un sandwich qu'elle ne peut même pas avaler à cause des calories ! Tout cela sans compter son retour dans le monde du travail, où la cinquantaine est un tabou... Juste au moment où elle commence à prendre ses marques dans son nouveau job, son ancien amant, Jack, réapparaît : les choses se compliquent, et c'est peu dire. Allison Pearson écrit sur le challenge d'être parent à l'ère des réseaux sociaux, sur l'évolution du couple après des années de mariage, sur la difficulté pour une femme de reprendre le travail après une longue pause, sur la lutte permanente pour "rester dans le coup" malgré tout, et sur toutes les questions que se posent les femmes en vieillissant. Bien plus qu'un numéro d'équilibriste, il s'agit de réussir à se retrouver et à savoir de quoi on a besoin pour se sentir vivant(e) quand on s'est habitué(e) à être soi-même sa dernière priorité.

Par Allison Pearson
Chez Le Cherche Midi

0 Réactions |

Genre

Littérature étrangère

trad. Julie Sibony
03/05/2018 589 pages 22,00 €
Scannez le code barre 9782749149615
9782749149615
© Notice établie par ORB
plus d'informations

Pour Awen et Evie,

ma mère et ma fille

 

 

Cache ce que je suis, et m’aide à revêtir

Le déguisement qui conviendra le mieux

À la forme de mon projet.

William Shakespeare, La Nuit des rois

Personne ne vous prévient que vous allez

vous déplumer du pubis.

Whoopi Goldberg

 

 

Prologue


Compte à rebours avant invisibilité : J moins six mois et deux jours


Le plus drôle, c’est que vieillir ne m’avait jamais inquiétée. La jeunesse n’avait pas été si tendre avec moi que sa disparition me dérange outre mesure. Je pensais que les femmes qui mentaient sur leur âge étaient superficielles et se berçaient d’illusions, pourtant j’avais aussi ma part de vanité. Tout en sachant que les dermatologues avaient raison quand ils disaient que n’importe quelle crème hydratante premier prix valait autant que tous ces élixirs de jeunesse dans leur conditionnement de luxe, j’achetais quand même les plus chères. Simple précaution. J’étais une femme riche et compétente qui voulait juste avoir l’air bien pour son âge, point. L’âge en question n’avait que peu d’importance. Du moins c’était ce que je me disais. Jusqu’à ce que je sois vraiment vieille.

Écoutez, j’ai passé la moitié de ma vie à étudier les marchés financiers. C’est mon boulot. Alors je connais la musique : ma valeur de cotation sexuelle était en baisse et risquait l’effondrement total si je ne faisais rien pour la consolider. La SARL Kate Reddy, jadis florissante et non sans attraits, était confrontée à une OPA hostile sur son sex-appeal. Et pour ne rien arranger, cette triste vérité m’était durement rappelée jour après jour par la présence d’un marché émergent sous mon propre toit. La cote de féminité de ma fille adolescente était en plein boom alors que la mienne déclinait. C’était parfaitement dans l’ordre des choses et j’étais très fière de ma magnifique progéniture, vraiment. Mais cette prise de conscience pouvait parfois être douloureuse… et même atrocement douloureuse. Comme le matin où, dans le métro, j’avais croisé le regard d’un type qui avait la même coiffure luxuriante et folâtre que Roger Federer (a-t-on jamais fait mieux ?), et je jure qu’il y a eu une étincelle de quelque chose entre nous, un frisson d’électricité statique, un frémissement de drague… juste avant qu’il ne se lève pour me laisser sa place. Pas son numéro de portable, sa place.

« Trop de la loose », comme dirait Emily. Le fait qu’il ne me juge même pas digne d’intérêt m’avait fait l’effet d’un coup de poignard. Hélas, la jeune femme exaltée qui continue à vivre à l’intérieur de moi, et qui avait bel et bien cru que Roger flirtait avec elle, n’a toujours pas compris. Dans sa tête, elle se voit encore telle qu’avant, et elle présume que c’est aussi comme ça que la voit le reste du monde. Elle a l’espoir fou et irrationnel que Roger (âge estimé : trente et un ans) puisse la trouver séduisante parce qu’elle ne se rend pas compte qu’elle (et moi avec) a désormais la taille épaisse, un début d’atrophie vaginale (qui l’eût cru ?) et qu’elle commence à penser à ses plants de tulipes et au confort de ses chaussures avec beaucoup plus d’enthousiasme que, disons, au dernier string qui gratte de chez Agent Provocateur. Le radar érotique de Roger avait sans doute détecté sous mon pantalon la présence d’une confortable culotte chair.

Retrouver tous les articles sur La nouvelle vie de Kate Reddy par Allison Pearson

Commenter ce livre