#Roman francophone

Robinson Crusoé

Daniel Defoe

Roman d'aventures sur le mode d'une autobiographie, Robinson Crusoé raconte les péripéties qu'un marin échoué sur une île déserte vit à la suite d'un naufrage. Optimiste, inventif et énergique, Robinson surmonte toutes les difficultés et apprend une nouvelle forme de bonheur en étant tour à tour cultivateur, artisan et guerrier. Ce récit invite à une réflexion profonde sur la place de l'homme dans la nature et pose au lecteur la question très actuelle de la différence, avec l'arrivée de l'indigène Vendredi.

Par Daniel Defoe
Chez Larousse

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Editeur

Larousse

Genre

Collège

 

 

 

 

 

 

I

 

 

Je suis né en l’an 1632, dans la ville de York, au Nord de l’Angleterre. J’avais deux frères plus âgés que moi : l’aîné était lieutenant colonel dans un régiment d’infanterie britannique dans les Flandres, et fut tué durant la bataille de Dunkerque contre les Espagnols. Que devint l’autre ? Je ne l’ai jamais su, pas plus que mes parents ne connurent mon destin.

Étant le benjamin de la fratrie, je n’avais été élevé pour aucun métier en particulier, et ma tête se remplit donc dès mon plus jeune âge de pensées vagabondes : je voulais découvrir le monde. Mon père, qui était très âgé, m’avait enseigné autant de connaissances qu’il est possible d’en acquérir dans une petite ville de campagne, et il me destinait à devenir avocat ; mais je ne désirais que prendre la mer. Cette inclination était si puissante qu’elle me poussait à partir malgré la volonté de mon père et les craintes de ma mère, si bien qu’il semblait que ce soit mon destin de souffrir par ma faute.


Mon père, qui était un homme sage et grave, me donna d’excellents et sérieux arguments pour contrer mes projets. Il me fit venir un jour dans sa chambre et critiqua vivement mes intentions ; il me demanda ce qui, à part l’envie de vagabonder, pouvait bien me pousser à quitter la maison de mon père et mon pays natal, alors qu’il me serait facile d’améliorer ma situation en m’appliquant et en travaillant sérieusement, vivant ainsi une vie facile et plaisante. « Mon fils, me dit-il, seuls les hommes dont la situation est désespérée, ou bien ceux qui, au contraire, aspirent à un destin exceptionnel, partent à l’étranger chercher l’aventure hors des sentiers battus, pour s’enrichir et se rendre célèbres. Pourtant, ce n’est pas le succès qui peut apporter la sobriété, la tranquillité, la santé, la bonne compagnie et tous les plaisirs que l’on puisse désirer, mais plutôt un statut modeste comme le tien. »

Après cela, il me pria gravement et très affectueusement de ne pas jouer les jeunes hommes imprudents en me précipitant dans des chagrins que la nature et ma naissance pouvaient m’éviter, en me disant qu’il m’aiderait à obtenir tous les bienfaits qu’il m’avait promis. « Si tu me désobéis, tu seras malheureux, toutes sortes de tragédies s’abattront sur toi, et tu en seras le seul responsable. Pense à ton frère aîné, que j’ai essayé d’empêcher de partir combattre, mais qui ne m’a pas écouté et s’est engagé, pour finir par se faire tuer à la guerre. Quand plus personne ne sera là pour te sauver, toi aussi, tu regretteras de ne pas m’avoir écouté. »

J’essayai d’en parler à ma mère, mais elle ne fit que soupirer et alla tout raconter à mon père. Il lui répondit en soupirant de plus belle : « Ce garçon pourrait être heureux s’il restait chez nous, mais s’il prend la mer, il sera l’homme le plus malheureux qui ait jamais vécu ; je ne peux pas consentir à le laisser partir. »

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Robinson Crusoé

Daniel Defoe trad. Pétrus Borel

Paru le 25/08/2010

143 pages

Larousse

3,50 €