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Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie

Virginie Grimaldi

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Par Virginie Grimaldi
Chez Lemaître Editions

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Genre

Lycée parascolaire

08/01/2019 56 pages 9,99 €
Scannez le code barre 9782808015103
9782808015103
© Notice établie par ORB
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« Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu’au jour où être fort reste la seule option. »

Bob Marley

 

 

Pour mon mari,

Pour mes fils

 

 

Prologue

 

20 h 40


Il est en retard, comme toujours. Il l’était pour notre premier rendez-vous, il l’était pour notre mariage, il serait capable de l’être pour son enterrement.

– Désirez-vous boire quelque chose en attendant, madame ?

C’est la troisième fois que le serveur me tire de mon impatience. Je suis gênée de commencer sans Ben, mais encore plus d’être la personne qui bloque une table sans consommer. Je commande un jus d’orange.

– Quand mon mari sera là, nous prendrons une bouteille de Dom Pérignon.

Le serveur hoche la tête et repart vers le comptoir. J’oscille entre fierté et honte d’avoir dégainé la carte du champagne pour acheter sa patience.

 

 

21 heures


Je n’aime pas le champagne. Je n’aime pas l’alcool, de manière générale, ni tout ce qui peut me faire perdre le contrôle. Mais, ce soir, je vais faire une exception. On ne fête pas ses dix ans de mariage tous les jours !

Je vérifie l’écran de mon téléphone pour la soixante-douzième fois. Le réseau est bon. Aucun message. Il ne devrait plus tarder maintenant. Une heure de retard, c’est sa moyenne basse.

L’année dernière, il est arrivé à 21 heures au lieu de 19 h 30. On a beau lui donner rendez-vous plus tôt que l’heure prévue, il se débrouille toujours pour ne pas faillir à sa réputation.

Moi, c’est le contraire, je suis souvent la première arrivée. J’anticipe systématiquement d’éventuels contretemps pour ne pas être prise au dépourvu. Savoir que je risque d’être attendue me fait frôler la crise d’angoisse.

On s’équilibre : entre mon avance et son retard, quand nous arrivons ensemble, nous sommes à l’heure.

 

 

21 h 15


Nous venons ici tous les ans.

Pour la plupart des clients, c’est juste un bon restaurant avec une vue panoramique sur le bassin d’Arcachon. Pour Ben et moi, c’est « notre restaurant ».

Il y a onze ans, c’est ici qu’il m’a « presque » demandée en mariage, après avoir vidé son compte épargne pour m’offrir un plateau de fruits de mer et un solitaire en plaqué or et zirconium. Après quatre ans de vie commune, nous n’avions qu’une certitude : les rides et les souvenirs, c’est ensemble que nous les accumulerions.

Le serveur me dévisage bizarrement. Je m’apprête à lui demander si j’ai un tourteau sur la tête lorsque je comprends l’objet de son trouble : mon visage est barré d’un sourire niais, sans doute depuis près d’une heure. J’attends quelqu’un qui ne se montre pas et j’arbore un air illuminé : ce type doit me prendre pour Bernadette Soubirous.

 

 

21 h 30


J’espère que Ben sera de meilleure humeur que ces derniers temps. Nous avons besoin de nous retrouver, juste tous les deux, hors des turbulences du quotidien.

Je compte les jours depuis des semaines. Notre anniversaire de mariage est immanquablement la meilleure soirée de l’année. On ne se lâche pas la main (la consommation des écrevisses en devient épique), on se remémore les mêmes souvenirs qui nous font chaque fois rire un peu plus, on s’offre des déclarations à faire pâlir Roméo, on s’émeut d’un regard, on dessine notre avenir du bout des doigts, et on repart avec la jauge d’amour chargée à bloc.

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