#Roman francophone

Mauvais garçon

Laurent Bettoni

Meilleur élève de sa promo et diplômé en sociologie et philosophie politique, Thomas, 23 ans, se voit refuser stages en entreprise et emplois auxquels il postule. D'autres lui passent devant, moins compétents mais mieux nés, des "fils de" qui disposent de réseaux d'entraide dont Thomas est privé. Alors, en attendant de décrocher un vrai boulot qui lui permettrait de vivre une vie décente aux côtés de sa petite amie, Thomas bricole avec les gars de la cité - deal de shit et autres matos tombés du camion - tout en aiguisant sa rancoeur. Si rien ne bouge, Thomas risque de prendre perpète en HLM : "horizon lointain limité" et de crever lentement dans sa cage de béton. Jusqu'au jour où son directeur de soutenance, Louis Archambault - star médiatique des sociologues politiques - lui propose de venir l'aider à gérer Ideo, un site d'opinion qu'il dirige anonymement sur le Darknet, réseau parallèle du web où la confidentialité et l'anonymat sont de rigueur, octroyant une certaine impunité aux utilisateurs dotés de mauvaises intentions (trafic de drogue ou d'armes, manuel de terrorisme, combats clandestins, service de tueurs à gage, etc.). Thomas. Et comprend rapidement la raison pour laquelle le professeur opère à visage masqué. Ideo propage des thèses extrémistes qu'Archambault se garde bien de soutenir en public, et qui, de prime abord, interloquent Thomas. Simplement, par-delà ses idées dangereuses et discutables, l'homme est aussi le seul à lui apporter une aide providentielle quand tous lui tournent le dos... Jusqu'où l'élève sera-t-il prêt à suivre le maître ?

Par Laurent Bettoni
Chez Don Quichotte éditions

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Genre

Littérature française

23/10/2014 307 pages 18,90 €
Scannez le code barre 9782359493207
9782359493207
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Thomas avait détalé dès qu’il avait vu les types s’approcher, l’air de rien. Depuis le temps, il avait appris à repérer les flics à mille lieues à la ronde. Ils avaient beau jouer les infiltrés et se croire aussi crédibles que dans les films américains, il les flairait sans difficulté.

Il s’était mis à courir dans une direction, tandis que le mec à qui il avait refourgué l’herbe avait tracé dans la direction opposée.

C’était le réflexe, quand on se faisait gauler, chacun une direction différente, histoire de diviser le nombre de poursuivants. Dans la mesure où les condés opéraient par deux, comme les couilles, ça se terminait en une course à un contre un, à l’issue de laquelle, bien souvent, revendeur et acheteur s’évanouissaient dans la nature.

Tout en cavalant comme un dératé, Thomas se demandait si les poulets avaient recruté des champions olympiques de sprint. L’enfoiré qui lui collait aux basques ne le lâchait pas, et Thomas avait même le sentiment que son avance sur lui fondait progressivement.

C’était bien sa veine. Qu’est-ce que ces deux blaireaux foutaient dehors à cette heure-là ? Six heures et demie du matin… Ils devaient finir leur nuit et tentaient un petit coup de zèle, un baroud d’honneur avant de rentrer au poulailler.

« Police ! hurla le gars, entre deux foulées.

— Tu déconnes ? souffla Thomas. Merci, j’avais pas deviné. »

Ils les recrutent plus rapides, mais toujours aussi cons, songea-t-il. Il trouva la force d’accélérer et bifurqua vers les tours de La Pléiade. S’il parvenait à atteindre son territoire avant de se faire serrer, il sauverait sa peau. Le keuf ne s’aventurerait pas seul dans la cité, au risque de manger sévère. Con, O.K., mais jusqu’à un certain point. Il y avait des limites. Et ces limites suivaient précisément celles de l’espace défini par les barres HLM que Thomas avait à présent en ligne de mire.

Entre elles et lui s’interposa soudain un gars qui promenait son clébard. Le chien était un labrador à l’air bonhomme. Le bonhomme, en revanche, avait l’air d’être un véritable chien. Il se fléchit un peu sur ses jambes, face à Thomas, et écarta ses bras, comme un gardien de but qui s’apprête à intercepter un pénalty. « Viens ici, mon salaud », brailla-t-il. Charles Bronson dans Un justicier dans la ville.

« Dégage ! cria Thomas, qui n’avait plus le temps de l’éviter.

— Je vais te chop… »

Le coup de coude que Thomas, emporté par son élan, lui expédia dans le plexus solaire lui coupa la chique, la respiration et les pattes. Le pépère à son Youki ferma sa grande gueule, suffoqua, effectua un vol plané en arrière et s’écrasa sur le trottoir. Thomas n’avait pas dévié sa course d’un millimètre. Il repensa à l’un de ses cours de physique sur l’énergie cinétique et se marra intérieurement. « Ec = 1/2 mv2, enculé ! » lança-t-il à Bronson, en continuant sa cavalcade.

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