#Imaginaire

Les contaminés

Yves-Marie Clément

Don Jesus Paulo, mafieux averti à la solde du mystérieux Capitaine, règne en maître sur la pauvre ville d'Esperanza, où ses adolescents errent dans les rues, à la recherche de l'opportunité qui les sortira de ce quotidien miséreux. C'est ainsi que Laalia, Trésor, Bambou et Abasse, quatre ados en quête de gloire et d'argent, se laissent embarquer dans la pire des aventures. Ils signent avec Don Jesus un contrat leur proposant de participer à un incroyable jeu de télé-réalité. Ils disparaissent en pleine nuit, sans laisser de traces. Débarqués sur Isla Grande, ils se rendent rapidement compte qu'ils sont livrés à eux-mêmes, tombés dans un abominable piège... Car sur cette île les attendent des hordes de morts-vivants, prêts à tout pour les dévorer. Les Maîtres du jeu ne tardent pas à leur faire connaître les règles de cette émission très prisée où les comédiens meurent "en vrai" : Une seule règle : survivre le plus longtemps possible. Et s'il faut être mangé, il serait bon que cela se passe devant la caméra.

Par Yves-Marie Clément
Chez Scrineo

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Editeur

Scrineo

Genre

12 ans et +

09/10/2014 344 pages 14,90 €
Scannez le code barre 9782367401973
9782367401973
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L’unique survivante

 

 

Isla Grande

 

Il était six heures du soir sur Isla Grande.

Adriana laissa échapper un mugissement de rage. « Ils » étaient derrière elle, telle une armée de fourmis légionnaires que rien n’arrête.

Des fourmis… Adriana tenta de refouler cette image qui venait de lui traverser l’esprit. Mais elle n’y parvint pas. « Ils » étaient des centaines, à marcher dans ses pas, monstres sans vie, affamés, destructeurs… Leurs pieds incertains raclaient le sol. Leurs gémissements, poumon de forge, emplissaient l’air. Leurs cris réguliers sifflaient aux oreilles de la fille, lui intimant l’ordre de courir plus vite pour échapper à une fin atroce.

Survivre.

Adriana bifurqua brusquement pour escalader un monticule de terre planté d’herbes rases. Elle sauta en contrebas sur le sentier qui contournait le mont Choungui. Là, elle fit une courte pause pour reprendre de l’air.

Au loin, la plage aux Tortues, sur laquelle elle avait débarqué avec Carmen, Jason et Rebecca quinze jours auparavant.

Elle ravala sa salive.

Sa gorge la brûlait.

À bout de souffle, elle plaqua les mains sur ses tempes, ramena ses cheveux noirs vers l’arrière et prit une profonde inspiration, plus longue et plus forte que les précédentes. Ses muscles manquaient cruellement d’oxygène. Cela faisait des heures qu’elle courait, sautait, gravissait les pentes, sprintait le long des grèves. Elle avait pataugé dans la mangrove, elle avait plongé dans les eaux tumultueuses de l’ancien port.

Adriana grimaça. La veille, elle s’était tordue le pied, en essayant de capturer un crabe de cocotier. Elle avait tellement faim.

Sa cheville lui arracha un cri. Elle ne pourrait plus courir très longtemps. Elle baissa sa chaussette. L’articulation avait doublé de volume. Il fallait surmonter la douleur. Absolument. C’était ça ou mourir.

Cela faisait des heures que les trois Maîtres du Jeu poussaient le troupeau de zombies dans sa direction.

Adriana connaissait l’île par cœur. Le moindre caillou, le moindre chemin. Cette dernière semaine, elle avait parcouru le Rocher des heures durant pour échapper aux monstres. Elle avait vu mourir Rebecca, dévorée par deux morts-vivants. Puis Jason. Et Carmen. Leurs geignements de terreur résonnaient encore dans sa tête.

Désormais, elle était la seule survivante.

Que ferait-elle à son tour, quand elle se retrouverait face à ces êtres sans vie, ces morts-vivants au regard vide ? Que ferait-elle au dernier moment ? Se battrait-elle jusqu’au bout ?

Oui.

Elle ne voulait pas finir comme ses trois camarades. Elle allait s’en sortir. Elle en était certaine.

Elle était la seule survivante du groupe, mais pour combien de temps, encore ? Elle s’en sortirait, et elle les vengerait tous les trois. Elle en avait fait la promesse.

Adriana contourna un gros arbre. Une trouée dans les bosquets lui offrit une vue dégagée vers l’ouest de l’île. Pile entre le mont Bandrélé et la montagne Acoua, le disque solaire. Orange. Dont les rayons s’étalaient en vagues sur un lit de nuages.

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