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De Lully à Mozart. Aristocratie, musique et musiciens à Paris (XVIIe-XVIIIe siècles)

David Hennebelle

L'histoire de la musique est souvent encore celle des grands compositeurs : Jean-Baptiste Lully, Marc-Antoine Charpentier, Jean-Philippe Rameau, Wolfgang Amadeus Mozart... Mais qu'évoquent pour nous les noms de Pierre Maréchal dit Paisible, de Jean-Baptiste Anet, de Johann Schobert, de Michel Blavet ? Devenus célèbres ou restés anonymes, les uns et les autres eurent pourtant en commun d'être au service des plus prestigieuses maisons aristocratiques de leur temps : les Guise, les Orléans, les Bourbon-Condé, les Noailles, les Conti... Dans les salons, les jardins, les théâtres, entre Paris, Versailles et leurs multiples résidences d'Île-de-France, des aristocrates fortunés protégeaient en effet des musiciens, entretenaient des orchestres privés, acceptaient des dédicaces, collectionnaient les partitions et affirmaient leur goût musical en s'adonnant eux-mêmes fréquemment à la pratique musicale. Au confluent de l'histoire sociale et culturelle et de la musicologie, ce livre propose une lecture globale et renouvelée du patronage musical de la société aristocratique entre la fin du XVIIè siècle et celle du XVIIIè siècle. Le lecteur découvre, entre le faste et le précaire, la passion et le calcul, comment les musiciens et leurs protecteurs, les oeuvres et les instruments participaient de cet étourdissement musical qui atteignit son paroxysme au siècle des Lumières. A travers des expériences originales se mêlaient, parfois s'affrontaient, connaissances musicales et stratégies de distinction, aristocrates amateurs et musiciens professionnels, logiques artistiques, économiques, sociales et politiques. Loin de la vision romantique qui fit longtemps de la musique le passe-temps somptueux d'un monde décadent et des musiciens des génies méprisés et incompris, il apparaît que la protection de la musique et des musiciens s'inscrivit dans des cadres en perpétuel mouvement, où purent s'épanouir des formes particulières de sociabilité, des engouements sincères, des ambitions et des réussites sociales remarquables et aussi de nouveaux canons musicaux, entre patrimoine, réjouissances du moment et modernité.

Par David Hennebelle
Chez Champ Vallon Editions

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Genre

Musique, danse

16/02/2009 441 pages 28,00 €
Scannez le code barre 9782876734999
9782876734999
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Introduction

 

 

 

«Va à Paris! et bientôt. Prends place auprès des grands seigneurs, aut Cesar aut nihil […]. C’est de Paris que le renom et la gloire d’un homme de grand talent parviennent au monde entier, la noblesse y considère les gens de talent avec la plus grande déférence, estime et courtoisie».

Leopold Mozart1

 

 

 

 

 

Les historiens n’aimeraient-ils pas la musique? On serait tenté de le penser si l’on considère la part qui lui revient dans la plupart de leurs livres. Cette lacune est d’autant plus surprenante que la même parcimonie ne se retrouve pas pour les autres arts. Il est indéniable que pendant longtemps l’histoire et la musicologie sont restées deux mondes imperméables l’un à l’autre2. Les historiens de l’Ancien Régime ne s’aventurent guère dans le monde des sons. Les études prosopographiques sont souvent décevantes quant à leur contenu musical. La plupart du temps, ce sont les mêmes éléments qui ressurgissent en quelques lignes d’une étude à l’autre. Rares sont ceux qui se situent à contre-courant de cette tendance lourde en accordant à la musique plus qu’une mention polie et minimale au hasard d’une page. Il y a plus de trente ans, Pierre Chaunu avait esquissé une rencontre en montrant l’empire de la musique dans la civilisation des Lumières3. Dans leur ouvrage Les Français et l’Ancien Régime, Pierre Goubert et Daniel Roche avaient eux aussi consacré quelques pages pénétrantes au monde des sons4. La Naissance de l’intime d’Annick Pardailhé-Galabrun évoque la présence des instruments de musique dans les intérieurs parisiens aux XVIIe et XVIIIe siècles5. Sylvie Granger est l’auteur d’une monographie relative aux musiciens du Mans entre 1600 et 18506. Jean-Marie Duhamel a enraciné son étude sur la vie musicale dans l’histoire urbaine7. Antoine Lilti consacre quelques pages sur le rôle de la musique dans les plaisirs du salon au XVIIIe siècle8. Les interrogations actuelles des historiens, qu’il s’agisse de la sociabilité, des sensibilités, des échanges culturels, notamment du marché des biens symboliques, ou de la consommation artistique, n’ont encore que peu investi la sphère musicale.

La musicologie a, pour sa part, longtemps considéré l’histoire de la musique comme celle des compositeurs et de leurs œuvres, voire de leurs chefs-d’œuvre. Elle s’est également tournée vers l’étude des institutions musicales mais, le plus souvent, selon une approche trop analytique et sans les relier à leurs usagers. Depuis une vingtaine d’années seulement, elle s’est attelée à défricher de nouveaux champs. Les interactions entre musique et société ou la question de la réception sont désormais devenues des interrogations centrales9. Si bien que l’histoire sociale de la musique est devenue un point d’ancrage, une branche de la musicologie. À cet égard, les études sur le concert et son histoire jouent, à ce jour, un rôle pionnier. Envisagé comme objet historique et comme phénomène social et culturel, il a suscité la création de séminaires de recherche transdisciplinaires et des publications. Celui consacré à l’histoire du concert en France de l’Ancien Régime à la Première Guerre mondiale (Institut Universitaire de France), initié en 2001 par Patrick Taïeb et Hervé Lacombe, se fixe comme principale mission la création d’un répertoire des programmes de concert en France pour les XVIIIe et XIXe siècles. Le séminaire Histoire des pratiques culturelles de la musique 1700-1920 coordonné par Hans Erich Bödecker, Patrice Veit et Michael Werner, dans le cadre de la Fondation européenne de la science, se propose également d’inscrire la musique dans une histoire sociale de la culture en rompant les cloisonnements entre les approches historiques, sociologiques et musicologiques10.

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