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HOMO HIERARCHICUS. Le système des castes et ses implications

Louis Dumont

Publié en 1967, passionnément discuté parmi les spécialistes de langue anglaise, ce livre a pris rang de classique. Pour cette édition, l'auteur a écrit une préface où il rend compte de l'accueil fait à l'ouvrage, et une brève postface où il précise l'idée de hiérarchie. " A ce jour une des contributions les plus importantes et profondes à l'étude de la société de l'Inde... Homo hierarchicus supplante tous les travaux généraux et théoriques antérieurs... et établit son auteur non seulement comme l'un des chercheurs les plus originaux dans le domaine indien, mais comme une figure majeure en anthropologie. " Nur Yalman, " Tocqueville dans l'Inde ", Man. Après la dernière guerre, l'anthropologie sociale, caractérisée par " l'observation participante " du chercheur " sur le terrain ", a commencé à s'appliquer, au-delà des petites sociétés de face-à-face, à de grands ensembles sociaux. Ainsi Louis Dumont s'est consacré pendant une vingtaine d'années à une découverte sociologique de l'Inde, qui aboutit au présent livre. Depuis lors, il met en œuvre le contraste entre la société des castes et la nôtre pour obtenir une vue comparative des idées et valeurs modernes (notamment dans ses Essais sur l'individualisme, 1983).

Par Louis Dumont
Chez Editions Gallimard

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Genre

Ethnologie

01/03/1995 449 pages 13,90 €
Scannez le code barre 9782070286492
9782070286492
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PRÉFACE A L'ÉDITION « TEL »

 

Douze ans après sa parution en français, huit ans après la publication d'une traduction anglaise qui a élargi la discussion à tous les spécialistes du domaine, la réédition de cet ouvrage dans la collection « Tel » fournit l'occasion d'une mise au point. Le corps du livre demeure inchangé, pour des raisons de fond aussi bien que de technique de reproduction. La matière nouvelle est concentrée d'une part ici même, de l'autre dans une postface qui prolongera le livre non plus par rapport à l'Inde mais quant à la théorie de la hiérarchie en général. On a repris le sous-titre original.

Ici, il s'agit en principe de tirer la leçon, à l'usage du lecteur de langue française, de la discussion fort étendue dont le livre, H.H. comme je dirai pour abréger, a fait l'objet, et du développement subséquent de la recherche. Le lecteur non spécialiste a pu trouver étrange ou même choquant tel point de vue, telle proposition émis dans l'ouvrage. Qu'en pensent les confrères de l'auteur : s'agit-il d'un résultat scientifique ou d'une élucubration gratuite ? Où en sommes-nous aujourd'hui ?

 

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On va voir que la tâche n'est pas aisée. Pour commencer, l'accueil qu'a reçu H.H. est fort complexe. Favorable mais limité sur le versant de l'indologie classique, il a été très développé et très contradictoire sur le versant de l'anthropologie sociale, et presque inexistant du côté de la sociologie stricto sensu, où aucune des grandes revues anglo-saxonnes ne lui a consacré de notice1. Globalement, on pourrait aussi distinguer les réactions de langue française, plus favorables, et les anglo-saxonnes, plus volontiers hostiles, mais il serait difficile de caractériser en bloc les réactions indiennes.

En somme, la discussion s'est largement cantonnée, comme il était assez naturel, à l'anthropologie sociale. C'est d'elle que nous nous occuperons dans ce qui suit, et ce faisant nous porterons notre attention presque exclusivement sur les désaccords, les objections, les jugements négatifs. Cela pourrait donner l'impression que H.H. n'a rencontré que désapprobation. Tel n'est pas le cas. Il faut donc tout d'abord caractériser en gros la réception du livre. Il y a eu des jugements favorables. Je citerai deux accueils exemplaires

J.H. Hutton, administrateur britannique de l'Inde (de l'Indian Civil Service) devenu anthropologue, fameux pour ses descriptions des Nagas de l'Assam et finalement professeur à Cambridge, avait écrit vingt ans avant H.H. le dernier en date des ouvrages sur la question. Il avait plus de quatre-vingts ans – il devait mourir un an plus tard – quand je lui envoyai ce livre, où sa théorie de la caste était brièvement récusée (p. 8). Il répondit aussitôt par un billet de félicitation, regrettant d'être empêché par l'âge d'entreprendre immédiatement la traduction de l'ouvrage pour le bénéfice des Indiens qui ne lisent pas le français.

Quelques années plus tard, un homme fort respecté que je connaissais à peine, Nirmal Kumar Bose, anthropologue, administrateur dévoué et gandhiste convaincu – souvenons-nous que Gandhi avait une théorie égalitaire des castes, ou du moins des varnas –, plus jeune que Hutton mais lui aussi guetté par la mort, ayant lu le livre en traduction anglaise, m'envoyait à son tour son adhésion sous la forme d'un long compte rendu, écrit pour sa revue Man in India et publié par ses amis dans un journal de Calcutta, où il n'émettait que des réserves de détail2. Voilà deux cautions dont H.H. peut s'enorgueillir, et l'on aimerait parfois retrouver davantage de l'ouverture d'esprit de ces deux vétérans chez leurs successeurs peut-être plus modernes mais souvent moins expérimentés.

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