#Roman francophone

Châteaux de la colère

Alessandro Baricco

Vers le milieu du XIXe siècle, dans la petite ville imaginaire de Quinnipak, vit toute une communauté rassemblée autour de la très belle Jun Reihl, dont toute la ville admire les lèvres, et de son mari monsieur Reihl, directeur de la fabrique de verre. A Quinnipak, chacun a son désir, sa " folie " secrète Pekish, l'extravagant inventeur de l'" humanophone "; un orchestre où chacun ne chante qu'une seule note, toujours la même ; Pehnt, son jeune assistant, enfant trouvé toujours vêtu d'une veste immense et informe ; la " veuve " Abegg, veuve d'un mari qu'elle n'a jamais épousé ; Horeau, l'architecte français qui rêve de grandioses constructions transparentes, et Elisabeth, la locomotive à vapeur... Avec Châteaux de la colère, Baricco nous offre un roman foisonnant et singulier, construit comme une fugue où chacun chante sa partition avec justesse et jubilation. Prix Médicis étranger 1995.

Par Alessandro Baricco
Chez Editions Gallimard

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Genre

Poches Littérature internation

03/05/2003 337 pages 8,20 €
Scannez le code barre 9782070419593
9782070419593
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1

 

 

– Alors, y a personne ici ?... BRATH !... Bon Dieu, y sont tous devenus sourds là-dedans... BRATH !...

– Crie pas, tu vas t'faire mal à crier comme ça, Arold.

– Où diable étais-tu fourré... ça fait une heure que j'suis là à...

– Ton cabriolet il part en morceaux, Arold, tu devrais pas circuler avec...

– Laisse donc mon cabriolet et prends plutôt ce truc, là...

– Qu'est-ce que c'est ?

– J'en sais rien ce que c'est, Brath... comment je peux savoir moi... c'est un paquet, un paquet pour madame Reihl...

– Pour madame Reihl ?

– Il est arrivé hier soir... Il a l'air de venir de loin...

– Un paquet pour madame Reihl...

– Bon, tu le prends oui Brath ? Je dois retourner à Quinnipak avant midi...

– Okay, Arold.

– Pour madame Reihl, oublie pas...

– Pour madame Reihl.

– C'est bien... fais pas de conneries, Brath... et viens te montrer en ville de temps en temps, tu finiras par pourrir, à toujours rester là...

– T'as un cabriolet qui fait honte à voir, Arold...

– À un de ces jours, okay ? Allez hue, mon mignon, hue... À un de ces jours, Brath !

– Moi j'irais pas aussi vite avec ce cabriolet, EH, AROLD, MOI J'IRAIS PAS AUSSI VITE AVEC CE... Il devrait pas aller aussi vite avec ce cabriolet. Honte à voir. Y fait honte à voir son cabriolet...

– M'sieur Brath...

– ... rien que de le regarder y s'écroule...

– M'sieur Brath, je l'ai trouvée... j'ai trouvé la corde...

– Bravo, Pit... mets-la ici, mets-la dans la charrette...

– ... elle était au milieu du grain, on la voyait pas...

– C'est bien, Pit, mais viens ici maintenant... pose-moi cette corde et viens ici mon garçon... j'ai besoin que tu remontes à la maison tout de suite, t'as compris ? Tiens, prends ce paquet. Cours chercher Magg et donne-z-y. Écoute... Dis-lui que c'est un paquet pour madame Reihl, okay ? Tu lui dis : c'est un paquet pour madame Reihl, il est arrivé hier soir et il a l'air de venir de loin. T'as bien compris ?

– Oui.

– C'est un paquet pour madame Reihl...

– ... il est arrivé hier soir et... et il vient de...

– ... et il a l'air de venir de loin, tu dois le dire comme ça...

– ... de loin, okay.

– C'est bien, cours... et en courant tu te le répètes, comme ça t'oublieras pas... allez, va, mon garçon...

– Oui, m'sieur...

– Répète-le tout haut, c'est un bon système.

– Oui, m'sieur... C'est un paquet pour madame Reihl, il est arrivé hier soir et... il est arrivé hier soir et... et il a l'air...

– COURS, PIT, J'T'AI DIT DE COURIR !

– ... et il a l'air de venir de loin, c'est un paquet pour madame Reihl, il est arrivé hier et il a l'air... de venir de loin... c'est un paquet pour... madame Reihl... pour madame Reihl, il est arrivé hier soir... et il a l'air... il a l'air... l'a l'air de venir de loin... c'est un pa.... c'est un paquet pour madame........ il est arrivé de loin, non, hier, il est arrivé....... arrivé..... hier......

– Eh, Pit, le démon t'aurait pas mordu, des fois ? Où tu te sauves comme ça ?

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