#Bande dessinée jeunesse

Le temps des miracles

Anne-Laure Bondoux

« Il faut toujours avoir confiance et suivre sa route comme le font les tsiganes, sans souci des frontières. »L'histoire bouleversante d'un garçon pris dans les tumultes du Caucase.Lorsque les douaniers trouvent Blaise Fortune, douze ans, tapi au fond d'un camion espagnol à la frontière française, il est seul. Il a vécu les douze premières années de sa vie dans le Caucase, entre la mer Noire et la mer Caspienne. Jeanne Fortune, sa mère, l'a confié bébé à Gloria Bohème. Gloria a toujours promis au garçon qu'il retrouverait sa mère en France, et qu'un jour, il connaîtrait des jours plus heureux que ceux qu'ils vivent là, tous les deux, avec leur barda pour seule richesse. Dans la boue, la peur, la guerre et la misère. À cette époque, il parle russe et les gens l'appellent Koumaïl. Pourtant, ce qui sauvera Blaise du désespoir, c'est bien l'amour de Gloria, une femme au coeur grand comme un lac, capable d'enchanter la vie pour qu'elle soit supportable. Et quand, après avoir traversé toutes sortes d'épreuves, le garçon se retrouve seul à la frontière, sa douleur est indicible.

Par Anne-Laure Bondoux
Chez Bayard Jeunesse

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08/01/2009 254 pages 13,90 €
Scannez le code barre 9782747026451
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Je m’appelle Blaise Fortune et je suis citoyen de la République de France. C’est la pure vérité.

 

Le jour où les douaniers m’ont trouvé au fond du camion, j’avais douze ans. Je sentais aussi mauvais que le local à poubelles d’Abdelmalik, et je ne savais répéter que cette phrase : « jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité. »

J’avais perdu pratiquement toutes mes choses précieuses en cours de route. Heureusement, il me restait mon passeport ; Gloria l’avait bien enfoncé dans la poche de mon blouson quand nous étions à la station-service. Les renseignements inscrits dedans prouvaient que j’étais né le 28 décembre 1985 au Mont-Saint-Michel, au bord de la Manche, page 16 de l’atlas vert. C’était écrit noir sur blanc. Le problème, c’était ma photo : elle avait été décollée puis recollée, et même si Monsieur Ha s’était parfaitement appliqué pour refaire le tampon officiel par-dessus, les douaniers n’ont pas cru que j’étais un vrai petit Français. J’aurais voulu leur expliquer mon histoire, mais je n’avais pas assez de vocabulaire. Alors ils m’ont tiré par le col de mon pull pour me faire sortir du camion et ils m’ont embarqué.

C’est comme ça que mon enfance s’est achevée : brutalement, au bord de l’autoroute A4, quand j’ai compris que Gloria avait disparu et que j’allais devoir me débrouiller sans elle dans le pays des droits de l’homme et de Charles Baudelaire.

Ensuite, je suis resté des jours et des jours dans une zone d’attente, puis dans un centre d’accueil. La France n’était qu’une succession de murs, de grillages, de portes. Je dormais dans des dortoirs qui me rappelaient le grenier du Matachine, sauf qu’il n’y avait pas de lucarne pour voir les étoiles. J’étais seul au monde, vous voyez ? Pourtant, il fallait que j’empêche le désespoir de me ronger l’âme jusqu’à l’os. Et surtout, il fallait que j’aille au Mont-Saint-Michel pour retrouver ma mère ! C’était facile à expliquer, mais je ne connaissais pas la langue. Je ne pouvais pas raconter le Terrible Accident, ni les aléas de l’existence qui m’avaient conduit jusqu’ici ! Et, quand vous ne pouvez pas raconter, vous avez l’impression de mourir d’étouffement.

Aujourd’hui, c’est différent. Les années ont passé, et je sais nommer chaque chose, employer les verbes, les adjectifs, les conjonctions et les conjugaisons. J’ai dans la poche un passeport neuf, en règle avec les lois du monde.

Il y a peu de temps, j’ai reçu une lettre de l’ambassade de France à Tbilissi disant qu’on avait peut-être retrouvé la trace de Gloria. Voilà pourquoi je suis assis dans cette salle d’embarquement, à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, avec une valise, mon cœur gros et l’espoir fou de la revoir enfin. Mais, avant, il faut que je mette mes idées en ordre.

Alors voilà : je m’appelle Blaise Fortune. Je suis citoyen de la République de France, pourtant j’ai vécu les douze premières années de ma vie dans le Caucase, qui se situe entre la mer Noire et la mer Caspienne, à la page 78 de mon atlas vert. À cette époque, je parlais russe et les gens m’appelaient Koumaïl. Ça paraît bizarre, mais c’est simple à comprendre ; il faut juste que je raconte. Tout. Et dans l’ordre.

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