#Roman francophone

Sous les branches de l'udala

Chinelo Okparanta

Dans la lignée d'Imbolo Mbue et de Chimamanda Ngozi Adichie, la découverte coup de cœur d'une voix puissante et singulière. Nommé pour de nombreux prix littéraires, porté par une atmosphère foisonnante où se bousculent les sensations, un roman bouleversant de courage sur la quête de soi, le poids dévastateur de la religion et des traditions, et la force éperdue de l'amour.
1968. Le Nigeria et la jeune république du Biafra se déchirent, les conflits interethniques sont chaque jour plus meurtriers, la population sombre peu à peu dans le désespoir.
Au cœur de cet océan de violence, la jeune Ijeoma tombe amoureuse d'Amina.
La relation des deux adolescentes est rapidement découverte et tous, mères, pères, voisins, amis, se chargent de leur rappeler qu'aux yeux de Dieu et de la loi, leur amour est criminel.

Pour Ijeoma, un choix se dessine alors : se cacher et suivre ses désirs ; ou s'oublier et jouer le rôle que la société lui impose. Une existence prisonnière du mensonge, est-ce la seule issue qui s'offre à Ijeom

Carine Chichereau (Traducteur)

Par Chinelo Okparanta
Chez Belfond

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Editeur

Belfond

trad. Carine Chichereau
02/07/2020 406 pages 8,40 €
Scannez le code barre 9782264075420
9782264075420
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« La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. »

Épître aux Hébreux 1:1

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

 

1

 

NOTRE MAISON D’OJOTO S’ÉLEVAIT à mi-chemin entre Old Oba-Nnewi Road et New Oba-Nnewi Road, dans cette zone vague que délimitent l’église du village et l’école primaire, là où s’arrête Mmiri John Road pour mieux repartir ensuite. C’était un bâtiment jaune à étage, construit le long du chemin de terre poussiéreux, juste au sud de la rivière John, où la mère de papa avait failli se noyer quand elle était petite, à une époque où les gens allaient encore laver leur linge sur les berges pierreuses.

Notre propriété était fermée par une clôture, et la barrière en était gardée par des buissons de roses par et des bouquets d’hibiscus. Menaient à cette barrière, de part et d’autre de la clôture, deux haies abondamment mouchetées de rose par les minuscules fleurs-étoiles des ixoras. Côté route, les vendeurs ambulants s’alignaient le long de notre haie parmi des arbres chargés de fruits : oranges, goyaves, noix de cajou, mangues. Dans les clairières qui plus loin bordaient la route, là où les buissons prenaient des airs de forêt, d’autres arbres s’élevaient : immenses irokos, pins murmurants et, ici et là, cocotiers et palmiers à huile. Il fallait lever la tête pour en voir la cime, tant les arbres et les buissons étaient hauts.

À la saison de l’harmattan, les vents du Sahara soufflaient, soulevant des trombes de poussière, et ces nuées obscurcissaient l’atmosphère ; les arbres et les buissons devenaient alors aussi irréels qu’un mirage, et le soleil une tache indéfinie dans le ciel.

À la saison des pluies, l’eau venait laver la nature de ces enveloppes poudreuses, et tout reprenait forme et netteté.

C’était le cycle normal des choses : la saison des pluies, suivie par la saison sèche, et l’harmattan se repliait sur lui-même. Pendant tout ce temps, les chèvres bêlaient. Les chiens jappaient. Poules et coqs exploraient les routes, sans trop s’éloigner de leur basse-cour. Des papillons de toutes les couleurs flânaient paresseusement de fleur en fleur.

Quant à nous, nous imitions le vol lent des papillons, à croire que la brise était légère, le soleil une caresse sur notre peau, et que cette nonchalance nous permettait de mieux les savourer. Voilà à quoi ressemblait notre quotidien avant la guerre : l’existence allant tranquillement de l’avant.

C’est en 1967 que la guerre a fait irruption dans nos vies et tout envahi. Dès 1968, Ojoto s’était mis à battre au rythme des véhicules blindés, des canons, des bombardiers et de leurs moteurs bruyants, dont les ondes de choc se propageaient jusqu’à nos oreilles.

En 1968, nos hommes se sont mis à porter le fusil à l’épaule, ils avaient sur eux des haches et des machettes dont les lames étincelaient au soleil ; dehors, dans les rues, à chaque heure du soir et de l’après-midi, on les entendait chanter, leurs voix puissantes jaillissant de leurs bouches telle une ivresse rituelle : « Le Biafra vaincra ! »

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