#Roman francophone

Les belles ambitieuses

Stéphane Hoffmann

" Traîner au lit avec une dame aimable est une sagesse : on n'y a besoin de rien ni de personne d'autre. C'est aussi une plénitude, c'est-à-dire un paradis. "Paris, années 70.La comtesse de Florensac veut avoir le salon le plus influent de Paris.

La jeune Isabelle Surgères veut changer la vie.La douce Coquelicot veut faire plaisir à ceux qu'elle aime.Ce sont les belles ambitieuses.Elles s'activent autour d'Amblard Blamont-Chauvry qui, bien que polytechnicien, énarque, et promis à une brillante carrière, a décidé de s'adonner à la paresse, l'oisiveté, la luxure, la gourmandise et autres plaisirs.Que faire de sa vie ? Comment s'épanouir ? Doit-on être utile ? Peut-on être libre ? Faut-il être ambitieux ?A ces questions, chacun des personnages, entre Paris, Versailles et les Etats-Unis, à la ville comme à la campagne, répond à sa façon, et de manière parfois surprenante.On retrouve l'élégance et l'humour mélancolique de Stéphane Hoffmann, prix Roger Nimier pour Château Bougon, dans ce roman éblouissant de finesse.

Par Stéphane Hoffmann
Chez Albin Michel

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22/08/2018 272 pages 19,50 €
Scannez le code barre 9782226437334
9782226437334
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À qui aime traîner au lit

 

 

… Dites-nous, marches gracieuses,

Les rois, les princes, les prélats,

Et les marquis à grand fracas,

Et les belles ambitieuses,

Dont vous avez compté les pas ;

[…]

Quel heureux monde en ces bosquets !

Que de grands seigneurs, de laquais,

Que de duchesses, de caillettes,

De talons rouges, de paillettes,

Que de soupirs et de caquets,

Que de plumets et de calottes,

De falbalas et de culottes,

Que de poudre sous ces berceaux,

Que de gens, sans compter les sots…

Alfred de Musset,

« Sur trois marches de marbre rose »

 

 

Première partie


ÊTRE AVEC DES GENS

QU’ON AIME

 


Être avec des gens qu’on aime, cela suffit :

rêver, leur parler, ne leur parler point,

penser à eux, penser à des choses plus indifférentes,

mais auprès d’eux, tout est égal.

Jean de La Bruyère, Caractères

 

 

1


Je la rencontre dans les jardins de Trianon pendant une visite de la reine d’Angleterre. Je fais alors mon service militaire au 76e régiment d’infanterie. Comme Proust, soit dit en passant. Et je suis du détachement accompagnant le président de la République et Mme Pompidou à Orly pour y accueillir la reine et le duc d’Édimbourg.

Tous se la jouent Grand Vent de l’Histoire. Le Royaume-Uni va entrer dans l’Europe. On annonce un référendum pour l’année suivante. Je me donne des airs de m’en foutre et, de fait, je m’en fous. Je n’y crois pas. L’Histoire ne se joue pas à la coupée d’Orly, avec un Léon Zitrone imbattable sur les couleurs de manteaux, châtaigne pour la reine, abricot pour Mme Pompidou.

Elle est une des hôtesses engagées pour l’occasion. Elle sourit au Grand Trianon, où la reine a pris ses quartiers et où aurait lieu le fla-fla. J’ai vite repéré, entre femmes de ministres et d’ambassadeurs, cette jolie brune à peau mate au bout des regards du duc d’Édimbourg et du ministre français de l’Économie et des Finances. Ces fins chasseurs l’avaient remarquée.

Mais c’est moi qui, le soir venu, l’emmène faire un tour dans les jardins de Trianon.

Elle hésite pourtant un peu :

– Je ne sais pas si je peux quitter le péristyle. On peut avoir besoin de moi à tout instant.

– Quel est votre rôle ?

Elle a une moue un peu vague, et qui me fait rire. Mais déjà elle me suit à pas lents, sans plus d’hésitation ni avoir demandé la permission à personne, ni regardé derrière elle. Bien sûr, je ne doute pas de moi. Nous marchons dans une allée si bien ratissée que les graviers semblent collés au sol. Je bombe le torse. Cet air tiède de tilleuls en fleur et de miel. Nous allons tranquillement vers le Grand Canal sur lequel, pendant des années, j’ai fait de l’aviron. Nous nous taisons. Si le silence se prolonge, il deviendra gênant. Je ne peux tout de même pas lui parler d’aviron.

– Qu’avez-vous fait depuis ce matin ? lui dis-je enfin.

Son petit rire. Spontané, clair et discret. Un rire d’enfant qui ne veut pas qu’on lui demande ce qui l’amuse.

– J’ai attendu, dit-elle enfin.

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