#Roman francophone

Complètement cramé !

Gilles Legardinier

Lassé d'un monde dans lequel il ne trouve plus sa place, privé de ceux qu'il aime et qui disparaissent un à un, Andrew Blake décide de quitter la direction de sa petite entreprise pour se faire engager comme majordome en France, le pays où il avait rencontré sa femme.

Par Gilles Legardinier
Chez Fleuve Noir

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Genre

litterature francaise romans nouvelles correspondance

18/10/2012 390 pages 19,50 €
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Il faisait nuit, un peu froid. Au cœur de Londres, devant l’hôtel Savoy, sous la verrière, un homme d’un certain âge vêtu d’un smoking faisait les cent pas en consultant fébrilement son téléphone portable. L’organisateur de la soirée qui se déroulait dans le grand salon sortit du hall et s’approcha, laissant échapper par la porte tambour le son des cuivres de l’orchestre qui jouait du Cole Porter.

— Toujours pas de nouvelles de M. Blake ? demanda-t-il.

— Je fais tout ce que je peux pour le joindre, mais il ne répond pas. Laissez-moi encore une minute.

— C’est très ennuyeux. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé de grave…

« Être mourant serait pourtant sa seule excuse valable ! » pensa l’homme au téléphone.

À peine l’organisateur reparti, il composa le numéro du domicile de son plus vieil ami. Après le message d’accueil du répondeur, il déclara d’une voix blanche :

— Andrew, c’est Richard. Si tu es là, je t’en supplie, décroche. Tout le monde t’attend ici. Je ne sais plus quoi leur dire…

Soudain, son comparse prit l’appel.

— Tout le monde m’attend où ?

— Dieu soit loué, tu es là ! Ne me dis pas que tu as oublié la soirée du Prix d’Excellence industrielle… Je t’avais prévenu que je m’arrangerais pour que tu sois nommé.

— C’est gentil à toi, mais je n’ai pas le cœur à ça.

— Andrew, non seulement tu es nommé, mais c’est toi le vainqueur. Je te l’annonce, c’est toi qui remportes le prix.

— C’est bouleversant. Et qu’est-ce qu’on gagne ? Vu l’âge des participants, ce n’est sûrement pas un truc qui se croque. Un lavement ? Une cœlioscopie ?

— Ce n’est vraiment pas le moment de plaisanter. Tu t’habilles et tu rappliques.

— Je ne rapplique nulle part, Richard. Je me souviens que tu m’avais parlé de ce prix, et je me souviens aussi parfaitement t’avoir dit que cela ne m’intéressait pas.

— Tu te rends compte de la position dans laquelle tu me mets ?

— C’est une situation dans laquelle tu t’es mis tout seul, mon lapin. Je n’ai rien demandé. Imagine que je te commande deux tonnes d’huîtres parce que je t’aime bien et qu’après, je fasse la comédie pour que tu les manges…

— Arrive immédiatement, sinon je dis à ta femme de ménage que tu fais du vaudou et elle ne mettra plus jamais les pieds chez toi.

Blake éclata de rire au nez de son ami.

— Il faut que tu sois dans un sale traquenard pour brandir ce genre de foutaises ! Faire peur à Margaret, la pauvre. Franchement. C’est comme si je menaçais de balancer ta femme au Service de Protection du Bon Goût pour ce qu’elle a fait à sa coiffure et à votre caniche…

— Laisse Melissa en dehors de ça. Je ne rigole pas, Andrew. Si tu ne viens pas, tu sais de quoi je suis capable.

— Comme la fois où tu as voulu me dénoncer pour le vol du singe domestique de Mme Robertson ? Jusqu’à sa mort, elle est restée convaincue que tu l’avais mangé. De toute façon, Margaret ne te croira pas. Je lui dirai que tu te drogues. Si tu arrives à la faire démissionner, je te paye une semaine aux Bahamas avec ta femme et ses cheveux.

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