#Roman francophone

Le motif du rameau et autres liens invisibles

Rose-Marie Pagnard

Maman Reinhold, ex-cascadeuse convertie en protectrice de l'innocent et dangereux Leonard ; Ben Ambauen, écrivain et chasseur de lièvres ; la fille d'un marchand de vaisselle transformée en héroïne de conte ; Ennry Pinkas, juriste dont la petite taille cache une imprévisible folie ; un extravagant éditeur qui se croit " sans imagination " ; la ville de Bergue et Tokyo la mégalopole : le lien entre ces personnages et ces lieux s'appelle Ania.
Ania, fille adoptée, élève forcée du Foyer des enfants spéciaux, est devenue l'épouse d'Ennry. Elle incarne ici l'amour absolu, mais aussi l'incroyable aptitude qu'ont certains êtres à supporter les vicissitudes de leur destin. Ce roman à l'écriture musicale et ardente est un éloge à la force de l'imagination. " J'essaie de me relever, mais je suis fatiguée d'entendre la réalité et le rêve penchés sur moi à plaider chacun pour son compte, en japonais ! " Mais voici que le hasard saute dans l'histoire...

Par Rose-Marie Pagnard
Chez Zoe

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Editeur

Zoe

Genre

romans et fiction romanesque

24/02/2010 220 pages 18,00 €
Scannez le code barre 9782881826634
9782881826634
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En pleine nuit de novembre, dans le château de Bergue, un homme fut déposé comme un bloc de glace sur le lit d’une chambre. Par qui, par quoi, mystère.

Dans cette chambre la température baissa, puis remonta si fort que ce qui avait paru inanimé finit par prendre vie.

— Comment t’appelles-tu ? demanda la nuit d’une voix douce, féminine.

— Ben Ambauen, quarante ans, héritier, à votre service.

— Et pourquoi t’efforces-tu d’atteindre le jour ?

— Pour attraper la femme que j’aime.

— Attraper ! Elle court comme dix lièvres, cette femme, s’esclaffa la nuit en jetant un coup d’œil scrutateur aux longues jambes musclées et au visage du rêveur, un visage à l’expression fluctuante, comme affamé par une vision tantôt proche, tantôt disparaissant dans l’inconnu. Je ne voudrais pas avoir l’air de fourrer mes petites pattes dans tes affaires, ajouta-t-elle, mais tu ferais mieux d’entrer au conseil communal, de distribuer ton argent et ton temps aux cas sociaux, à l’exemple de tes parents et ancêtres ou, mieux encore, d’aller tous les après-midis enseigner les deux p, philosophie et poésie, aux habitants de l’hospice.

Ben Ambauen murmura qu’il exerçait en temps utile ce genre d’activités, mais que présentement, à dire juste, immédiatement et de toute urgence, il devait écrire ce qu’il savait et ne savait pas de cette femme ; pourquoi, comment, mystère.

— Dans ce cas, soupira la nuit.

(Elle déplorait un tel projet qui ne manquerait pas d’empiéter sur son délicat territoire des songes et d’y laisser traîner des papiers couverts d’inepties, ça lui donnait des tempêtes d’angoisse et des exaltations érotiques tuantes. Des réactions trop humaines qu’elle préféra refiler à Ben Ambauen, à son corps nu, à son âme nue, tout disposés à ce genre d’expériences…)

— Salut ! dit-elle, avant de se fondre rapidement dans le brouillard glacé.

L’aube encore noire tomba sur Ben Ambauen avec ce que la nuit avait prévu. Il crut écrire d’un jet l’histoire de son Ania bien-aimée et inatteignable (excellent ! génial !), quand un corbeau d’un coup de plume l’effaça : impossible de savoir maintenant ce que cette histoire avait raconté, le dormeur cherchait, cherchait, il s’accrocha aux mots enfants, cirque, petit pont, le lit se pliait sous les efforts. Un enfant minuscule, d’une forme inachevée, se plaqua sur le visage de Ben Ambauen et le remplit d’une grande angoisse : es-tu mon enfant, aurait-il voulu demander, mais le souffle lui manquait. Subitement le cours du rêve ralentit, tout est si calme, mais notre petite ville est très calme, rêvait­il, et ce calme bougea un peu, se transforma en volupté et en désir sans objet précis, désir d’être caressé par n’importe quelles mains, tout cela ensemble, excitant en diable. Quoi ? Ce diable de Leonard ! rêva-t-il encore, emporté tout brûlant dans une voiture sans roues, à travers des rues sans nom.

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