#Essais

Les médias arabes confluences médiatiques et dynamique sociale

Tourya Guaaybess

La libéralisation tous azimuts de l'espace médiatique arabe a modifié en profondeur notre regard sur la Tunisie, l'Egypte, la Lybie, et sans doute demain la Syrie. Comment comprendre cette brutale explosion de créativité, ce foisonnement d'initiatives et d'énergie ? Comment ces sociétés longtemps baîllonnées ont-elles fait, en quelques mois, l'apprentissage de la liberté d'expression ? Un détour par l'histoire s'impose pour comprendre ce bouleversement radical des mentalités, enjeu majeur aux fortes répercussions géostratégiques . Télévisions hertziennes au lendemain des indépendances, télévisions satellitaires lors de la première guerre du Golfe avec notamment la création de la chaîne Al Jazeera, affirmation d'Internet et des autres médias numériques qui loin de faire de l'ombre aux anciens, contribuent au renforcement des interactions entre les différents médias... Tourya Guaaybess signe une étude vivante et admirablement documentée sur les grandes étapes de cette révolution médiatique, essentielle à la compréhension des transitions politiques en cours.

Par Tourya Guaaybess
Chez Cnrs

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Editeur

Cnrs

Genre

marketing, commercial, publicite

05/01/2012 231 pages 25,00 €
Scannez le code barre 9782271067777
9782271067777
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Introduction

 

 

 

Confluence médiatique et différents niveaux de complexité

 

 

 

 

 

Les différents niveaux de complexité

 

Lors d’une précédente analyse des médias arabes, nous avions avancé l’idée que les télévisions arabes, qu’elles soient nationales hertziennes, ou satellitaires – panarabes ou non – faisaient système, et que cette notion de système était un prisme fructueux pour comprendre ces médias et les dynamiques fortes qui les traversaient par-delà les frontières. Cette idée naissait entre autres de la constatation que les chaînes se faisaient concurrence pour une même audience arabophone, suggérait que les interdépendances constatées sont aussi importantes que les spécificités de telle ou telle chaîne (ou groupe), et plaçait d’emblée l’analyse dans le temps plutôt long. L’actualité par le rythme qu’elle impose et le recul qu’elle interdit, est en effet une contrainte dangereuse pour le chercheur, quelle que soit la discipline d’ailleurs.

Aujourd’hui pourtant, les pays arabes, et leurs nouveaux médias sont sous le feu de l’actualité ; les « printemps » semblent bousculer les faits établis, fragiliser les analyses et les certitudes, et exiger des paradigmes et des analyses nouvelles. Étudie-t-on l’émergence de Facebook, ses usages, et son rôle comme on étudierait les conséquences de l’émergence de la radio sur la presse écrite ? En réalité, la notion de système reste féconde aujourd’hui : il faut même la pousser un peu plus loin, et considérer que tous les médias font système. On peut faire un parallèle immédiat entre l’idée de système et la transformation actuelle du secteur médiatique, l’idée de « convergence numérique » semblant offrir une traduction concrète à l’idée d’un système médiatique complet.

À l’époque de l’émergence d’Internet, une idée a (re) fait surface, celle selon laquelle « un média chasse l’autre », écho à la bulle technologique qui avait pour moteur la conviction qu’Internet allait bousculer profondément l’économie réelle, menaçant dans leur existence même des secteurs économiques entiers. Le parallèle était de mise dans le discours sur les médias : Internet allait rendre obsolète la télévision, sans parler de la presse écrite, déjà malmenée par ailleurs. Et pourtant, Internet et les nouveaux médias se sont ajoutés – combinés – aux autres, en ont peut-être modifié les usages, mais ne les ont nullement remis en cause dans leur nature même. Internet et les nouveaux médias peuvent tout à fait, sur un plan méthodologique, et dans le cadre analytique que nous avançons, être analysés avec les autres médias. Plus encore : il est très utile qu’il en soit ainsi.

La difficulté aujourd’hui est de trouver le prisme analytique adéquat pour intégrer la presse, la radio (dans une moindre mesure), la télévision, satellitaire surtout, Internet et les réseaux sociaux, tout cela dans un environnement régional parfois mouvant, parfois immuable, parfois cloisonné, parfois ouvert, et où les frontières ne sont pas forcément où l’on croit. Ces différents niveaux de complexité rendent inopérante, au moins si on veut comprendre un peu mieux « les médias arabes », une étude partielle concentrée sur un média (la plupart du temps, c’est Al-Jazeera). De même, il serait vain de vouloir comprendre les mouvements sociaux en Égypte, ou même la blogosphère égyptienne, en ne se concentrant que sur Waël Ghoneim, figure emblématique de la mobilisation place Tahrir. Nous ne prétendons pas tout comprendre et tout exposer, nous avançons juste l’idée qu’un objet ayant autant de niveaux de complexité que « les médias arabes » requiert une approche adaptée. Pourrions-nous comprendre les médias en France, ou en Europe, en nous contentant de l’étude de la BBC ?

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