#Essais

Je suis morte ce jour-là

Peromingo, Sylvia

5 septembre 2010 : Sylvia blêmit. Elle apprend l'assassinat sauvage de Natacha, une jeune femme qu'elle ne connaît pas mais qui lui ressemble beaucoup. L'homme accusé du meurtre, en revanche, elle le connaît. Le jeudi 20 mai 2004, il l'a agressée en plein jour dans le parc de Suresnes alors qu'elle faisait son jogging. Jetée au fond d'un ravin, violée pendant deux heures, Sylvia a cru qu'elle allait mourir. Pourtant, poussée par un instinct de survie exceptionnel, elle est parvenue à s'en sortir... A peu près. Neuf ans se sont écoulés depuis le drame et Sylvia se demande souvent si, finalement, elle n'est pas morte ce jour-là. Mais aujourd'hui, elle a décidé de faire entendre sa voix et de se battre pour toutes celles qui ont traversé les mêmes épreuves.

Par Peromingo, Sylvia
Chez Flammarion

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Editeur

Flammarion

Genre

sociologie faits de societe, temoignages contemporains, actualite, biographies

27/03/2013 235 pages 18,00 €
Scannez le code barre 9782081295933
9782081295933
© Notice établie par ORB
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Prologue


Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous raconte mon histoire, une autre histoire violente, brutale, dérangeante. Vous supposez peut-être que j'en appelle à votre curiosité malsaine, à votre goût du malheur des autres. Vous imaginez aussi que ce livre a été le terrain de ma thérapie.
Ce n'est pas le cas. On ne revient jamais complètement de ce que j'ai vécu et, même en le racontant, on ne peut jamais restituer toute l'horreur des faits.
Mais si vous ouvrez bien grands les yeux, si vous daignez m'accorder le bénéfice du doute, vous verrez que l'enjeu de mon récit est bien différent de celui que vous vous imaginez.

Vous pensez que l'affaire est réglée parce qu'elle l'est, sur le plan judiciaire. Mais elle ne l'est pas, en fait. Rien n'a changé.
Pour des raisons complexes mais qui n'en sont pas moins insupportables, les violeurs bénéficient d'une certaine indulgence. Soit ils sont condamnés à des peines qui restent légères, compte tenu de ce qu'ils ont fait, soit, quand ils sont jugés plus justement, ils sont facilement relaxés. La légende veut qu'en France, les violeurs soient jugés plus sévèrement qu'ailleurs en Europe. Pourtant, en France aussi, le viol reste un crime moins grave qu'un meurtre. C'est minimiser les conséquences psychologiques et physiques d'un viol que de lui refuser d'être l'équivalent du meurtre.

Moi, je suis morte ce jour-là.
Et d'autres femmes craignent de mourir à leur tour. J'en connais beaucoup qui ont peur parce qu'elles voient l'effet non dissuasif de l'indulgence accordée aux violences qui leur sont faites. Et qui notent qu'elles ont toujours à se battre pour faire valoir leurs droits, que ce soit lors des débats autour de la loi sur le harcèlement au travail qui ont prouvé que les femmes étaient confrontées à un problème majeur (apporter les preuves suffisantes de l'agression, du harcèlement, de l'emprise psychologique parfois difficile à expliquer), ou lors des tentatives des femmes pour faire parler du harcèlement qu'elles subissent quotidiennement dans la rue, encore plus sournois et ardu à prouver.
Consentantes : nous devons sans cesse nous battre pour démontrer que nous ne l'étions pas, que c'était non. Ou que si nous avons arrêté de dire non, c'est parce que l'agresseur avait déjà gagné et nous avait réduites au silence. Ou que si nous sommes instables et paraissons parfois bizarres et pas tout à fait dignes de confiance, c'est parce que, précisément, nous avons traversé des épreuves insurmontables.

Et puis, souvent, les faits sont prescrits ou, au moment de porter plainte, quand le courage, enfin, se fait sentir, il est trop tard pour être reconnue comme victime.
Parce qu'il ne s'agit pas seulement de faire écoper le coupable, mais aussi d'entendre dire devant la justice, devant une instance objective et sacrée, qu'on a souffert, qu'on a subi un affront grave. C'est comme hurler aux oreilles du monde, c'est comme un écho nécessaire à notre cri de victime.

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