#Roman francophone

Chambre 2

Bonnie, Julie

La naissance: le plus beau moment de la vie et pourtant... Lorsqu'elle ouvre les chambres de la maternité où elle travaille comme puéricultrice, Béatrice doute de l'existence qu'elle a choisie. Julie Bonnie a reçu pour Chambre 2 le prix du Roman Fnac 2013 Travailler en maternité: du bonheur à l'état pur? Pas tout à fait. Manque de temps, hiérarchie, commérages, discours hospitalier fragilisent Béatrice, auxiliaire de puériculture hypersensible, confrontée toute la journée à un tsunami d'émotions. À mesure qu'elle ouvre les chambres sur telle patiente assignée à résidence, tel pédiatre acariâtre, tel déni de grossesse, telle femme en morceaux ou telle mère épanouie s'ouvrent les portes de sa mémoire. Et apparaît le théâtre fantôme de son existence passée: celle d'une danseuse nue s'épanouissant sur les routes dans la lumière des projecteurs et dans le regard des autres, au son de violons à la musique tenace. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo, Pierre le bleu et Pierre le rouge, tous les compagnons d'une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale. Une vie à fleur de peau, charnelle, qui résonne étrangement avec l'expérience singulière de chacune des femmes des chambres 2, 4 ou encore 7. Jusqu'à ce que Béatrice ne puisse plus se satisfaire d'un corps enfermé dans une blouse. Un hommage poignant au corps des femmes, à l'enfantement, à la nudité, et qui orchestre avec virtuosité toute la gamme des émotions et initiations que nous impose la vie.

Par Bonnie, Julie
Chez Belfond

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Editeur

Belfond

Genre

litterature francaise romans nouvelles correspondance

14/08/2014 178 pages 6,50 €
Scannez le code barre 9782266249003
9782266249003
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« It’s better to burn out than to fade away. »

 

HANDS  UP-EXCITEMENT  !

Berlin, 2013

 

 

 

 

 

 

 

Tous les matins,

on commence par la chambre 2.

 

 

C’est comme ça, tous les jours pareil, sans exception, pour chaque équipe.

La dame du 2 n’est jamais partie.

Elle est là depuis plusieurs années, personne ne sait plus vraiment.

Dans sa chambre, le temps s’est arrêté. On en rigole, parfois, avec les collègues.

—   Tu imagines, si on restait toute la journée à la 2 ? Peut-être qu’on ne vieillirait pas.

—   Avec un argument comme ça, on aurait plutôt intérêt à la louer…

—    Oui. Ça, au moins, ça nous changerait notre salaire !

Mais le travail nous appelle, alors arrêter le temps n’est pas d’actualité. Il faut avancer.

Dans la salle de soins, je pose mes affaires. J’ai un panier rempli de bazar, des compresses, du désinfectant, des disques, mes demandes de congés, une clope. J’ai à manger dans un tupperware. Je n’aime pas dire « gamelle », signe que je ne suis pas encore adaptée. Il y a d’autres mots que je n’arrive pas à dire, comme « j’embauche », le truc « à » bidule, les « chefs ».

Quand j’ai posé mon panier, après être passée par les vestiaires pour mettre ma blouse vieux rose et avoir commencé à sentir des nausées parce que je ne supporte pas le travail, je dis bonjour les filles d’un ton enjoué, ou qui essaie de l’être.

Et je sors mon sourire.

Ce sont essentiellement des femmes qui travaillent en maternité, les hommes sont trop fragiles, le peu que j’ai croisés craquent très vite, ce n’est pas beau à voir.

Les filles lèvent la tête, qu’elles ont plongée dans un grand seau d’eau sale, leurs visages sont dégoulinants – la nuit a été dure – , les yeux ont peur, mais me voir est un soulagement, elles vont pouvoir « me les passer », comme on passe le fusil dans les tours de garde.

— Je te souhaite bien du courage.

Je sais. J’aurai la même tête que vous ce soir. Douze heures dans la chair humaine, nue dans la neige, nue dans le feu, nue quand il est vital de se couvrir.

Commence alors la présentation du service, chambre par chambre, femme par femme, âme humaine par âme humaine, drame par drame, vie par vie. En quelques mots : enfant, mort, anorexie, trisomie, hémorragie, déchirure, antécédents, pleurs, peurs, angoisse, nuit, crevasses, engorgement, tire-lait, solitude, mari, fausse couche, interruption médicale de grossesse, césarienne en urgence, utérus, ligature, psychosocial, infection, maltraitance, lien maternel, fragilité, dépression, périnée.

Il va de soi que je vais bien. Il va de soi que ma collègue va bien.

Alors on va boire un café.

Et on ne se dit rien, on comble le vide avec des mots, c’est agréable une fois qu’on est habitué. Difficile à retranscrire. Et toi ? Oui. Bien. Tu crois ? Non. Qui ? Café. Et voilà ! Chaud. Tasse bleue ou rouge. Chaises. Oui, bien sûr. Toujours. Pub. Téléphone. Mal au dos. Tête ? Aspirine.

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