Harcèlement

Jean-Baptiste Ferrero

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Quand on n’aime pas les marrons, les feuilles mortes et que colchique dans les prés vous file des envies de buter tout ce qui bouge, l’automne devient une saison un peu problématique. Quand, par ailleurs, vous vous appelez Thomas Fiera, que vous êtes un aspirateur à emmerdes, un aimant à embrouilles, un paratonnerre à engastes, vous avez le choix entre vivre à la cave entouré de grigri et de sacs de sable ou bien braver les événements sans vous départir de votre flegme, armé d’un humour un peu grinçant et d’un gros calibre chargé de balles à têtes creuses. Aussi, quand un DRH aussi franc qu’un âne qui recule demande à Thomas Fiera d’enquêter sur un cadre qu’il soupçonne de harcèlement envers un collaborateur, il va accepter tout en flairant les ennuis. Il préférerait se faire arracher les dents de sagesse plutôt que de mener ce genre d’affaire, mais son compte en banque crie famine, son chat a des goûts de luxe et l’ennui lui taraude sérieusement le fondement. Avant de pouvoir retourner gentiment déprimer dans son bureau de Belleville, il lui faudra démêler un sac d’embrouilles où les méchants ne sont pas ceux que l’on croit, croiser quelques cas cliniques, rencontrer des jeunes filles en détresse et compléter sa collection de salopards intégraux. Le monde des entreprises est vraiment un monde formidable!

Par Jean-Baptiste Ferrero
Chez Numeriklivres

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Mes chers frères, n'oubliez jamais,
quand vous entendrez vanter le progrès des lumières,
que la plus belle des ruses du Diable
est de vous persuader qu'il n'existe pas !


Charles Baudelaire


On compare parfois la cruauté de l’homme
à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers.


Fiodor Dostoïevski

C’était au mois de novembre, je crois. Une de ces journées pouacres et glimoreuses où l’on se dit en contemplant les vitres embuées de grisaille qu’il est peut-être temps d’avoir un accident en se rasant. Bonnot, le chat chez qui je loge, m’avait cassé les noix sans discontinuer. Maussade et – c’est un comble – d’une humeur de chien, ce putain de greffier n’avait cessé de m’asticoter les nerfs et le conduit auditif en chouinant à qui mieux mieux.

Je commençais sérieusement à envisager de me fabriquer un calbute en peau de chat quand on toqua à mon huis avec un enthousiasme évoquant une descente de la Gestapo. M’étant répandu pour aller ouvrir, je me trouvai confronté à un petit homme nerveux dont les yeux marquaient onze heures un quart et qui en dépit d’un gabarit de crevette anémiée irradiait une énergie peu commune. Un vrai petit Tchernobyl portatif, ce gars-là !

Après les salamalecs d’usage, j’appris qu’il était DRH dans une banque de la région et que je lui avais été recommandé par un de mes anciens clients. Je n’eus pas à me creuser longtemps pour identifier la source de cette recommandation dans la mesure où la liste de ceux disposés à me recommander tiendrait largement dans le cache-sexe d’un eunuque lilliputien. Ce n’est pas que je sois un mauvais enquêteur. Bien au contraire ! C’est plutôt qu’en fouillant dans leurs latrines, j’exhume souvent des souvenirs encore fumants dont ils se passeraient bien.

C’est la vie.

C’est la mienne en tout cas.

Bref.

L’affaire était la suivante : un salarié de leur réseau menaçait de porter plainte pour harcèlement contre son directeur d’agence qu’il accusait de lui faire subir mille et une avanies et humiliations. Le salarié en question semblait être un jeune homme plein d’avenir, ce qui dans le jargon bancaire ne pouvait signifier que deux choses : qu’il possédait une langue sinueuse apte à s’insérer dans l’entre-fesse de sa hiérarchie ou qu’il était un vendeur fou capable de fourguer une citerne de vaseline à un proctologue en préretraite.

La seconde hypothèse était la bonne : le jeune homme explosait ses objectifs commerciaux et d’aucuns y voyaient une possible source de jalousie de son manager. Je me dis in petto que ce qui choquait vraiment mon nouvel ami, la gambas radioactive, n’était pas que l’on harcelât un salarié, mais qu’on le fît pour rien, puisque ses résultats étaient déjà au taquet.

Quant au manager incriminé, il présentait une longue carrière de grognard loyal et sérieux quoique sans brio. De l’avis général, c’était plutôt un gros père un peu lourdingue dont la gourmette king size, les blagues vaseuses et les costards à-chier-contre trahissaient le besogneux ayant fait ses premières armes dans le porte-à-porte. Au final, un bon con que l’on pouvait imaginer jaloux d’un jeune loup, mais que l’on voyait mal dans le rôle d’un pervers narcissique au cœur froid.

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