Un été de singe

Jean-Louis Michel

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Il y a la belle Nicole, la pute freelance, ex-épouse d'un homme de la haute. Il y a Robert, coursier le jour et écrivain raté la nuit, maqué à une coiffeuse désespérément trop blonde pour comprendre ses aspirations. La première va découper un de ses clients en morceaux, comme ça, subitement, parce qu'il sentait un peu trop fort et se croyait maitre du monde avec ses billets capables d'acheter le corps d'une femme comme elle. Le second va envoyer sa nana faire un somme au fond de la Seine, après un dernier diner en amoureux. Trop, c'est trop, la connerie, il n'en pouvait plus. De l'autre côté de la barrière, il y a Moine, un flic idéaliste et désabusé, qui baise avec sa supérieure, elle-même cognée par un mari reproduisant un triste schéma familial. Ces trois-là vont se percuter par hasard, dans un Paris chauffé à blanc. Avec toujours ces putains de singes, que personne ne voit, mais qui sont pourtant bien là. Un polar parfois onirique, parfois surréaliste. Et Noir, très noir.

Par Jean-Louis Michel
Chez Numeriklivres

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Bleu ardent, jaune écrasant, rouge sang… Une simple histoire de photons et de longueur d’onde combinée à une chaleur intense, l’odeur du plomb en fusion ou alors celui si caractéristique d’une cabine de sauna en ébullition. Certains pensent qu’une météo excessive détraque l’esprit, que l’absence prolongée de soleil dans les pays scandinaves l’hiver est la cause indiscutable des trop nombreux suicides qui touchent toutes les classes de la population. Que trop de soleil explique les désordres perpétuels et le fort taux de natalité en Afrique subsaharienne. D’autres pensent qu’il se trouve quelque chose d’indéfinissable dans l’air, une sorte de distillation lente d’un poison qui bouffe le cortex cérébral et modifie substantiellement le comportement de quelques-uns, mais quelle que soit la raison ou la cause, il y a la conséquence, toujours inexplicable. Une modification des comportements comme un mauvais sort où les plus crédules voient des interventions diaboliques ou des envoûtements, là où les scientifiques haussent les épaules en moquant la bêtise humaine. Pourtant…

Pourtant c’est vrai qu’il y a des jours où tout se détraque, des jours où toutes les emmerdes de l’univers semblent se déverser dans la même poubelle, et comme par le plus grand des hasards, cette poubelle c’est la vôtre !

C’est une journée d’été sur Paris, une journée que rien ne distingue d’une autre avec un anticyclone calé pour le mois et des températures qui atteignent des records pour la saison. Sur la chaussée, le bitume fond par endroits, les piétons s’engouffrent dans les salles climatisées du cinéma de la place Clichy et l’air semble chargé d’une poussière âcre qui pénètre la plus fine des alvéoles pulmonaires, soulevée par la circulation incessante et bruyante qui semble flotter sur les boulevards, ainsi que par les grilles de ventilation de la bouche de métro de la ligne 2. Le bitume fond, tout fond, les arbres fondent, les gens aussi et c’est l’enchaînement fatal : les voitures poussent leurs climatisations et les moteurs montent dans les tours, plus de chaleur égale plus de pollution.

Du côté du Champ-de-Mars, la vieille tour plonge la tête dans la Seine comme une girafe de métal qui aurait trop soif et tous les bassins de la ville sont assaillis par des hordes de mioches en slip, hurlants et sautillants comme des macaques au bord d’une mare de savane. Sur la Butte, la meringue se décompose sous les effets des rayons dardant, combinés à la présence surnaturelle, au-dessus des têtes, d’un magnifique trou dans la couche d’ozone, juste là au-dessus de Paris. Les plus chanceux sont partis en terre bretonne qui se noie sous des trombes d’eau, tant il est connu qu’il est plus facile de se réchauffer autour d’un poil que de se rafraîchir en plein cœur d’un four. Dans un monde parfait, Maude aurait un système de climatisation chez elle, ou aurait même le temps d’aller piquer une tête à la piscine de la rue d’Amsterdam ou alors de squatter les rayons frais du Monop’ le plus proche, mais Maude ne vit pas dans un monde parfait. Elle n’a pas le temps d’aller prendre le frais. Un vieux ventilateur brasse de l’air chaud sur sa peau trempée. Quand elle y pense, si elle devait donner une définition du monde dans lequel elle vit, elle dirait que c’est un sacré monde de merde.

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