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Cérémonial de la violence

Chedid Andrée

« Quand je serai grande, je serai comédienne et j’aurai des enfants », déclare Gisèle Casadesus dès son plus jeune âge. Ses proches s’attendrissent, sans se douter qu’elle transformera ses rêves en une vie de rêve. Née en 1914 dans une famille de musiciens, Gisèle Casadesus a mené une magnifique carrière à la Comédie-Française, au cinéma et à la télévision, tout en élevant ses quatre enfants avec Lucien, l’amour de sa vie. « Mademoiselle » est aujourd’hui devenue une belle arrière-arrière-grand-mère, pétillante et joyeuse, qui joue encore volontiers pour le cinéma. Revisitant les événements d’un siècle, des deux guerres mondiales aux nombreux bouleversements de société, cet abécédaire personnel raconte la comédie humaine et les coulisses de la scène, comme le destin d’une grande famille d’artistes. Sans jamais se départir d’un humour subtil, Gisèle Casadesus y dévoile son amour de la vie et de la famille, sa foi profonde et sa curiosité insatiable du monde. Lire Gisèle Casadesus, c’est partager la chaleur d’un thé chez elle, se laisser bercer par sa douceur naturelle et goûter à une joie de vivre communicative. Voici un livre qui rend heureux!

Par Chedid Andrée
Chez Le Passeur

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Editeur

Le Passeur

Genre

cinema, television, audiovisuel, presse, medias

27/05/2015 253 pages 6,70 €
Scannez le code barre 9782290108512
9782290108512
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Âge

 

 

 

Mon petit dernier, Dominique, a dix-huit ans d’écart avec son frère aîné, Jean-Claude. Il m’a fortement étonnée, il y a quelque temps, lorsqu’il m’a dit : « Je vais tout de même avoir 60 ans, maman ! » Eh oui, j’ai beau en avoir cent, je trouve que la vie passe très, très vite. Déjà, dans les années 1980, je confiais à Jacques Chancel, dans son émission phare Radioscopie : « À mon âge, j’en ai fait plus qu’il m’en reste à faire ! »

Vingt ans plus tard, je mesure qu’il m’a été donné de pouvoir entreprendre encore bien des choses. Et, lorsque je pense que j’ai un petit-fils qui est lui-même grand-père, je me dis que le temps passe bel et bien très vite.

Arrive pourtant le moment où l’on se demande s’il ne faut pas arrêter, laisser passer les autres et le temps, et se faire oublier. Un beau matin, j’ai donc décidé d’arrêter le théâtre, avec ses longues répétitions et surtout le devoir de jouer chaque soir avant de rentrer chez soi à point d’heure ; pour recommencer le lendemain… Trop éreintant à mon âge !

En 1994 – j’avais tout de même 80 ans – pour mes soixante ans de carrière, j’ai eu la joie de jouer avec ma fille Martine. Je pensais alors qu’il serait bon de clore ma carrière de comédienne en si bonne compagnie, et avec un texte magnifique de Marguerite Duras. Il s’agissait de Savannah Bay, grâce à Jérôme Savary au théâtre national de Chaillot. Plusieurs choses étaient exaltantes avec cette pièce-là. Mon rôle était celui d’une vieille dame – comment faire autrement ? – ancienne comédienne de surcroît, qui sait qu’elle a vécu un drame, mais ne se souvient pas lequel. Elle parle avec sa fille, ou sa petite-fille, ou une amie, ou une couturière, elle ne sait plus ! Les dialogues permettent de dérouler une vie à reconstruire et cette femme ne semble s’animer qu’à l’évocation du théâtre. Car il a été sa vie. Dans cette pièce, intime, on parle beaucoup de la mort, de la mort d’une jeune femme mais sans en faire un sujet triste. Un peu comme ce que je retrouve dans ma lecture personnelle de la Bible lorsqu’il est dit : « Voici, j’ai mis devant toi la mort et la vie ; choisis la vie ! »

Ce qui était impressionnant, avec Savannah Bay, c’était, certes, de jouer avec ma fille, elle-même comédienne, mais aussi dans un rôle qu’avait endossé, quelques années plus tôt, Madeleine Renaud. Marcher dans les traces de cette immense et magnifique comédienne qui avait illuminé ma jeunesse, qui m’avait encouragée dès mon arrivée à la Comédie-Française et que j’ai admirée toute ma vie, puis terminer ainsi ma propre carrière théâtrale, quel panache ! De plus, comment oublier le texte de Marguerite Duras :

Tu ne sais plus qui tu es, qui tu as été, tu sais que tu as joué, tu ne sais plus ce que tu as joué, ce que tu joues, tu joues, tu sais que tu dois jouer, tu ne sais plus quoi, tu joues. Ni quels sont tes rôles, ni quels sont tes enfants vivants ou morts. Ni quels sont les lieux, les scènes, les capitales, les continents où tu as crié la passion des amants. Sauf que la salle a payé et qu’on lui doit le spectacle. Tu es la comédienne de théâtre, la splendeur de l’âge du monde, son accomplissement, l’immensité de sa dernière délivrance. Tu as tout oublié sauf Savannah. Savannah Bay c’est toi.

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