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Aldo Manuzio, le Michel-Ange du livre ; l'art de l'imprimerie à Venise

Verena von der Heyden-Rynsch

Verena von der Heyden-Rynsch nous présente dans ce très bel essai un personnage essentiel de l’histoire des idées en Europe: l'imprimeur-libraire-éditeur vénitien de la Renaissance, Aldo Manuzio. Trop peu connu aujourd’hui, ce dernier a été l’un des fondateurs de la diffusion de la pensée humaniste en Europe, à travers le rôle qu’il a joué dans le développement de l’imprimerie moderne. L'essayiste allemande répare cette injustice en retraçant la vie d’Aldo Manuzio, mais également en restituant l’effervescence de toute une époque. Manuzio, entre 1494 et 1515, a publié plus de cent cinquante ouvrages en grec, latin, italien ou même en hébreu, avec son plus proche collaborateur Griffo de Bologna. Il est notamment à l’origine de plusieurs fontes qui ont révolutionné l’art d'imprimerie ainsi que l’inventeur des caractères en italique. Verena von der Heyden-Rynsch sait raconter la vie d’un homme dans son époque en captant l’essentiel d’une aventure intellectuelle et humaine. Grâce à sa plume, elle fait surgir sous nos yeux la Venise de la Renaissance, et parvient à dépeindre avec talent un métier qui n’a cessé d’évoluer depuis. Manuzio a été un précurseur dans bien des domaines et reste un personnage fascinant à redécouvrir aujourd’hui.

Par Verena von der Heyden-Rynsch
Chez Gallimard

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Editeur

Gallimard

Genre

litterature allemande

trad. Sébastien Diran
03/04/2014 193 pages 23,50 €
Scannez le code barre 9782070143818
9782070143818
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INTRODUCTION

 

 

Cet ouvrage est consacré à Aldo Manuzio1, un helléniste romain devenu l’imprimeur le plus éminent de la Renaissance à Venise. Ce n’est que dans cette ville, qui était alors la capitale incontestée du livre, que le philologue put acquérir le rang qui est aujourd’hui le sien à nos yeux, celui d’un incomparable « Michel-Ange du livre2 ». Sa vie personnelle nous demeure presque inconnue. Il doit sa gloire exclusivement à sa carrière d’imprimeur et d’éditeur, et semble n’avoir guère accordé d’importance aux autres aspects de son existence. Il fut l’homme d’une seule passion — le livre. On pouvait dire à bon droit de sa bibliothèque qu’elle ne connaissait d’autres limites que celles de l’univers. Il est impossible de le dissocier de Venise, sa patrie d’élection. Il sera donc question dans ces pages du lien étroit qui l’unit à la Sérénissime, à laquelle elles rendent hommage autant qu’à son célèbre imprimeur.

 

Depuis toujours, Venise, l’enchanteresse reine de la lagune, pleine de splendeur et de reflets chatoyants, a su éveiller des passions impérissables. Avec ses alternances d’essor et de décadence, elle est un symbole frappant et incontournable de l’histoire de notre civilisation occidentale. Comme l’a écrit Nietzsche : « Quand je cherche un autre mot pour la musique, je ne trouve que celui-ci : Venise3. »

Elle fut fondée au VIe siècle par les Vénètes de la terra ferma fuyant l’invasion des Barbares. Ils s’établirent dans un archipel de petites îles où l’on ne trouvait guère que des salines et des terrains agricoles. Leur ville a pourtant constitué la république la plus durable de l’histoire, puisqu’elle s’épanouit pendant près d’un millénaire, et elle a dominé toute la Méditerranée orientale par sa puissance maritime et son rayonnement artistique. Politiquement, Venise a tenu tête au reste de l’Occident pendant des siècles avant de décliner au point de devenir le jouet de Bonaparte. À l’époque de la Renaissance, ses liens avec l’Orient avaient fait d’elle comme un prolongement très original de la glorieuse Byzance. Son renouvellement génial de l’héritage de l’Antiquité grecque, son humanisme créateur allant de pair avec un refus de la Réforme alors en cours — refus partiel, car une partie des nobles lui était favorable —, son baroquisme fascinant non moins que son combat continuel pour se distancier de Rome furent autant de facteurs qui lui ont donné une place unique dans l’histoire de l’Europe.

Avec ses soixante mille habitants tout juste — ils étaient cent vingt mille au XVe siècle, bien que la peste eût emporté la moitié de la population en 1348 —, la cité aux musées incomparables et aux églises regorgeant d’inestimables trésors exerce depuis toujours une fascination sans borne sur les étrangers, hommes de lettres ou historiens d’art, jeunes gens assoiffés de découvertes, et tout particulièrement sur les amants du monde entier. Une attirance n’excluant pas le rejet mélancolique, comme l’attestent les célèbres amoureux de Venise que furent Pétrarque, Casanova, Byron, Rilke, Nietzsche ou Ruskin, lequel se considérait comme le témoin-clé de l’apocalypse vénitienne4 et dont Proust suivit les traces lors de deux voyages sur les rives de la lagune.

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