#Essais

Les enfantd au carré ? ; une prévention qui ne tourne pas rond ; prévention et éducation plutôt que prédiction et conditionnement

Pas De O De Conduite

Dans ce nouvel ouvrage, le collectif Pasde0deconduite s'attache à mieux comprendre les hiatus entre prévention et évaluation des comportements des enfants, à préciser en quoi l'accompagnement vers la socialisation est d'une autre nature que les apprentissages précoces de conduites adaptatives, à analyser les méthodes utilisées, leurs fondements théoriques, leur cadre d'application. Comment une politique bénéfique pour l'enfance et la famille pourrait-elle émerger de la logique de contrôle qui prévaut actuellement? Malmener la dimension éthique dans le rapport à l'enfant n'ouvre-t-il pas... sur une impasse? Conformément à l'esprit de travail multidisciplinaire et citoyen du collectif Pasde0deconduite, ces questions seront abordées sous les aspects psychologique, médical, éducatif, philosophique, sociologique et politique. Le collectif Pasde0deconduite créé en 2006 rassemble des professionnels, des associations, des universitaires, de simples citoyens.

Par Pas De O De Conduite
Chez Eres

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Editeur

Eres

Genre

pedagogie

18/05/2011 256 pages 12,50 €
Scannez le code barre 9782749214054
9782749214054
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Prologue

 

 

 

Pierre Delion [*]

 

« Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis, tous les braves gens s’y sont mis. »

Jacques Prévert

 

 

 

Nous voilà dans un contexte sociétal crucial, car la crise tombe à point nommé pour masquer les vices de construction d’une société capitaliste décomplexée promettant, par l’intermédiaire d’une classe politique à bout de souffle, l’Eldorado du libéralisme sauvage et qui, grâce à son emprise médiatique – Serge Tisseron le développera –, jure d’en revenir à des valeurs partagées par les plus forts : plus vous travaillez et plus vous gagnez ; moins vous travaillez, plus vous êtes fainéant et on ne voit pas pourquoi la société devrait vous encourager à le rester.

La compétition remplace la solidarité, et si les vaches grasses sont bien gardées, les vaches maigres, elles, peuvent bien crever. Cette logique de triomphe de l’argent et du bling bling a quelques conséquences fâcheuses, notamment, mais pas seulement, sur les enfants par l’entremise de leurs familles : les citoyens sous addiction télévisuelle n’ont pas le temps de s’occuper de leurs enfants de façon suffisamment interactive et ils sont sensibles aux arguments flattant les apprentissages précoces de comportements normalisateurs que d’autres enfants, vivant sans cette pression de fausse appartenance au socius qui masque une profonde solitude, acquièrent sans difficultés dans l’après-coup d’une intersubjectivité authentique.

Plus généralement, on peut dire que nous sommes au-delà d’une société démocratique, dans une démocratie médiatique, c’est-à-dire que ceux qui détiennent le pouvoir dans les médias peuvent faire acheter ce qu’ils veulent à qui ils veulent, et de la même manière, faire voter pour qui les sert le plus efficacement. Cela ouvre la porte à une perversion des circuits de communication entre les humains, et pour prendre un exemple proposé par Philippe Meirieu et rappelé par Pierre Suesser dans son introduction : « Les décideurs décrètent toute licence pour les marchands d’excitants et le bâton pour les excités. »

Dans le domaine de la pédopsychiatrie, nous sommes actuellement soumis à une menace très grande, celle de la médicalisation des comportements, et plus précisément la mise des enfants sous psychotropes. Le consultant-mamelle de la Ritaline calmante devient le nouveau dealer de la souffrance psychique. Sommes-nous désormais engagés dans une forme de soins palliatifs de la vie elle-même ? Il nous faut résister fermement pour défendre, en lien avec nos partenaires naturels, la pédopsychiatrie de secteur, qui va bientôt se trouver, rapport Couty oblige, clivée en intra et extrahospitalier, comme au bon vieux temps de l’asile. Beaucoup ont déjà compris que la solution pour échapper aux six mois d’attente dans les centres médico-psychologiques et voir plus rapidement le pédopsychiatre, consistait à aller aux urgences pour éradiquer le symptôme incriminé. On comprendra aisément que, dans ces conditions, la psychopathologie n’est plus nécessaire pour penser la souffrance psychique : il suffit d’isoler le symptôme et de le tuer avec un psychotrope ou un conditionnement adéquat. Michel Foucault, puis Roland Gori et d’autres ne croyaient pas si bien dire lorsqu’ils prévoyaient l’avènement du biopolitique, coïncidant avec la généralisation du Panopticon de Bentham. Le roman de science-fiction le plus abouti à mes yeux, celui d’Ira Lewin Un bonheur insoutenable [1] , va jusqu’au bout de cette idée, et je ne peux qu’en conseiller la lecture, à ceux qui ne prennent pas encore de somnifères. Après l’avoir lu, c’est probable qu’ils en prendront !

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