#Essais

Le plus beau but était une passe ; écrits sur le football

Jean-Claude Michéa

Le souci du beau jeu a progressivement cédé la place à l’idée jugée plus « réaliste » selon laquelle une équipe doit d’abord être organisée pour ne prendre aucun but. La nécessité de marquer des buts, elle, ne repose plus sur une culture spécifique et sur des phases construites et apprises à l’entraînement, mais seulement sur les erreurs de l’adversaire, sur l’exploit individuel et sur les coups de pieds arrêtés. C’est ce refus a priori de privilégier la construction du jeu qui explique que tant de matchs soient, de nos jours, si ennuyeux à regarder. Et pourtant, les admirateurs du beau jeu ne manquent pas, comme en témoigne l’auteur de ce livre, lequel doit son titre à l’une des répliques cultes du film de Ken Loach, Looking for Eric. Comme Eric Bishop (le working class hero du film) lui demandait quel était le plus beau but de sa carrière, Éric Cantona avait répondu: « Mon plus beau but? C’était une passe! » Boutade de génie, qui constitue assurément le plus bel hommage à ce passing game qui définit, depuis la fin du XIXe siècle, l’essence même du football ouvrier et populaire – autrement dit, construit et tourné vers l’offensive.

Par Jean-Claude Michéa
Chez Climats

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Editeur

Climats

Genre

sports collectifs

02/04/2014 147 pages 15,00 €
Scannez le code barre 9782081313149
9782081313149
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Avant-propos

 

 

Les Intellectuels, le peuple et le ballon rond a été publié pour la première fois en 1998. Depuis cette date, les rééditions se sont succédé sans qu'aucune modification soit apportée au texte initial. Il faut dire que l'analyse alors proposée des effets du développement capitaliste sur la nature du jeu lui-même (sans parler, bien entendu, de son environnement social et économique) a été, jusqu'ici, entièrement confirmée par le cours ultérieur des événements. Bixente Lizarazu ne dit d'ailleurs rien d'autre lorsqu'il reconnaît qu'aujourd'hui « le football français, en général, est assez déprimant » (Journal du dimanche du 19 janvier 2014). Il existe pourtant un domaine dans lequel cette analyse mériterait d'être un peu plus développée (en dehors du fait, bien entendu, que ce petit texte n'avait pas d'autre ambition, à l'origine, que de présenter au grand public le chef-d'œuvre de l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano – El Fùtbol a Sol y Sombra – que les éditions Climats venaient de traduire, sur les conseils de Daniel Bensaïd, sous le titre Le football, ombre et lumière). Il est clair, en effet, que le regard désormais porté sur le football par les intellectuels et par les « nouvelles classes moyennes » (celles qui, de nos jours, font l'opinion) est beaucoup moins méprisant qu'il ne l'était encore en 1998. Reste à savoir si ce progrès philosophique (incontestable, par exemple, dans le domaine du commentaire journalistique) est aussi réel qu'il y paraît. Dans une société capitaliste, un train en cache toujours un autre, et ce que nous sommes ordinairement invités à célébrer comme un « progrès » comporte généralement une face d'ombre au moins tout aussi importante. C'est pourquoi il m'a paru utile de compléter cette réédition des Intellectuels, le peuple et le ballon rond (essai dont le titre était, bien sûr, un clin d'œil au célèbre ouvrage de Franco Venturi sur le populisme russe) par trois nouveaux textes.

 

Le premier de ces textes est un entretien avec Faouzi Mahjoub paru en juillet 2010 sur le site de Miroir du football. Inutile de préciser que, pour le « philosophe » que je suis, c'est évidemment un honneur particulier que d'avoir été ainsi sollicité par ce grand journaliste tunisien. Car non seulement Faouzi Mahjoub est, aujourd'hui encore, l'un des meilleurs spécialistes mondiaux du football africain, mais il reste surtout éternellement lié, à mes yeux, à cette incroyable aventure du Miroir du football dont il aura été, de 1962 à 1976, l'un des principaux artisans. La version de l'entretien qui est publiée ici comporte un certain nombre de différences par rapport au texte originel. Elles concernent toutes la forme et le style, et en aucun cas le contenu.

Le second texte est celui d'une conférence prononcée lors du stage de philosophie de l'académie de Montpellier d'avril 2013, stage organisé par l'inspecteur pédagogique régional André Perrin et consacré à la philosophie du sport. On sait que les différents « spécialistes » médiatiques des problèmes de l'éducation s'accordent généralement pour présenter l'enseignement de la philosophie au lycée comme désespérément « traditionaliste », poussiéreux et étranger par essence au monde dans lequel vivent à présent les élèves (à quoi bon, en effet, initier ces derniers à la lecture de Spinoza ou de Hegel quand nous avons, aujourd'hui, Internet et Jacques Attali ?). Le lecteur pourra donc se faire une opinion par lui-même.

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