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Le fils de Louis XIV

Lahaye, Matthieu

Le Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV, vécut quarante-neuf ans dans l’ombre du Roi Soleil, attendant un trône auquel il n’accéda jamais. En 1711, quatre ans avant son père, il disparaissait dans son somptueux domaine de Meudon. Jusqu’à ce jour, il n’existe aucune étude consacrée à ce prince pourtant si central dans une monarchie héréditaire. Seul enfant légitime de Louis XIV à survivre, sur lui reposait tout l’édifice politique construit patiemment par le roi. Prince insaisissable pour bien de ses contemporains, décrié même à cause de son impossible autonomie à l’égard de son père, il fut pourtant essentiel à un souverain qui gagnait avec lui une succession certaine et le bien le plus précieux: le temps politique. Suivre pas à pas la vie de cet homme, c’est donc se plonger dans la machinerie intellectuelle, symbolique et logistique de la monarchie absolue. Le dauphin hérita en effet du rêve politique de Louis XIV, une souveraineté dont les ressorts étaient moins la contrainte absolue exercée sur les sujets que leur adhésion intime à une autorité incontestable. Comprendre l’existence que mena le dauphin c’est donc tour à tour réfléchir à la spécificité d’un régime qui pesa si lourd dans la culture politique française, la fabrication d’un souverain, les contraintes pesant sur la vie d’un héritier dans un régime qui avait érigé l’unicité de la souveraineté en dogme absolu et enfin mieux comprendre un règne si long qu’il enjamba trois générations, celle de Louis XIV, celle de son fils, puis celle de son petit-fils, le duc de Bourgogne, disparu lui aussi avant le roi, en 1712.

Par Lahaye, Matthieu
Chez Champ Vallon

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Genre

histoire du moyen age au 19ème siecle

19/09/2013 421 pages 29,00 €
Scannez le code barre 9782876738928
9782876738928
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PRÉFACE


« Père de roi, fils de roi, jamais roi »

 


Née la même année que Louis XIV, Marie-Thérèse d’Autriche, comme toute reine, eut pour principal devoir d’assurer la succession du trône. Au début de son mariage, après une nuit de noces qui fut une réussite, contrairement à celles vécues par la plupart des couples royaux, le souverain fit une cour assidue à sa jeune épouse et termina presque toujours ses nuits dans le lit de sa femme, la rejoignant, il est vrai, de plus en plus tard, à mesure que les années passaient. Quand les époux « avaient eu commerce », comme on disait alors, la souveraine faisait savoir à tous son contentement : « elle était bien aise que le Roi couchât avec elle, rapporte La Palatine car, en bonne Espagnole, elle ne haïssait pas ce métier. Elle était si gaie lorsque cela était arrivé qu’on le voyait tout de suite. Elle aimait qu’on la plaisantât là-dessus : elle riait, clignait des yeux et frottait ses petites mains ».

Et c’est ainsi qu’elle put remplir scrupuleusement son métier de reine, en offrant au roi un fils, le premier novembre 1661. « Nous nous promenions, rapporte l’abbé de Choisy dans ses Mémoires, dans la cour de l’Ovale [du château de Fontainebleau]. Et depuis vingt-quatre heures, la reine était en travail, lorsque le roi ouvrit la fenêtre de sa chambre et annonça lui-même le bonheur public, en nous criant assez haut : “La reine est accouchée d’un garçon !” Il y eut alors des feux allumés partout, et les comédiens espagnols dansèrent un ballet dans la cour des Fontaines devant le balcon de la reine mère, avec des castagnettes, des harpes et des guitares.»

 

*

 

Voici la singulière histoire de « Monseigneur », celui qui fut qualifié de « Grand Dauphin », le premier enfant de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche, qui, paradoxalement, n’a guère bénéficié, jusqu’à ce livre, d’une étude approfondie1..

Car l’histoire est avant tout l’histoire des vainqueurs, rarement celle des vaincus et le fils du Roi Soleil fait partie, précisément, de ces vaincus ou de ces oubliés de l’histoire, puisque le temps long, si long du règne de Louis XIV – soixante-douze ans ! – a fait de son existence une permanente virtualité politique : Louis de Bourbon fut emporté brutalement par la variole, le 14 avril 1711, quatre ans avant la mort de son père, scellant ainsi son destin posthume. Que dire d’un futur roi qui n’a jamais régné ?

Et c’est là, précisément, le premier mérite de cette étude qui réveille un prince « dormant » et transforme en objet, ou plutôt en sujet d’histoire, un homme dont la vie a toujours été écrite comme en pointillé, dans l’ombre : « 49 années passées dans l’ombre du Soleil. Tout en puissance, mais jamais en acte ». Matthieu Lahaye a fait de cette ombre, de cette virtualité politique, car la souveraineté ne se partage pas, le révélateur des fondements, de la nature et du fonctionnement de l’autorité souveraine en ce « siècle de Louis XIV » qui, d’habitude, centre toutes les analyses, toutes les réflexions sur le roi seul.

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