De la guerre

Clausewitz (von) Carl

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En 1806, à vingt-six ans, Clausewitz, officier prussien, assista à la défaite d’Iéna. Il tira de cette expérience l’idée maîtresse de son traité De la guerre (1832), dont il n’acheva que le livre I: « La guerre est un acte de violence à l’emploi de laquelle il n’existe pas de limites. » Pour Clausewitz, en effet, la guerre absolue est un duel qui doit conduire aux « extrêmes ». Cette définition abstraite, toutefois, ne correspond pas à la réalité, en raison de « frictions », autrement dit de déterminations – le hasard, le terrain, le moral des troupes… –, qui freinent la violence et l’empêchent de se déchaîner. La vraie nature de la guerre moderne n’en est pas moins saisie ici dans ce qu’elle a de vertigineux.

Virginie Berthemet © Flammarion

Par Clausewitz (von) Carl
Chez Flammarion

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Flammarion

 

 

 

 

Présentation

 

Le brouillard de la guerre

 

 

Le centenaire du conflit de 1914-1918, engageant la réflexion sur les raisons et les conséquences de cette déflagration, attire vite l'attention sur un général prussien, Carl von Clausewitz (1780-1831), dont le traité De la guerre, publié de façon posthume à partir de 1832, eut une influence considérable non seulement sur les stratégies militaires en Europe, mais sur les relations internationales au XXe siècle. Clausewitz hanta les deux guerres mondiales ; il fut lu par Lénine et par Mao Zedong ; il inspira la politique étrangère américaine après 1945 ; il est même devenu un objet de prédilection pour les intellectuels français, d'André Glucksmann ou Raymond Aron à Emmanuel Terray ou dernièrement René Girard1. De nombreux débats ont permis de revenir sur son analyse du phénomène guerrier, mais aussi sur la profondeur sociologique de sa pensée, tant il est vrai que ce ne sont pas les seuls soldats mais bien les sociétés tout entières qui s'engagent dans les guerres « démocratiques ».

On ne retient cependant de Clausewitz que sa définition de la guerre comme « continuation de la politique avec d'autres moyens2 ». On lui attribue encore, à la suite de sir Basil Henry Liddell Hart3, une responsabilité indue dans les « combats à outrance » de Verdun, alors que c'est à ses mauvais lecteurs qu'il faudrait plutôt s'en prendre. Le temps est donc venu de relire ce stratège exceptionnel et de mesurer la puissance de ses intuitions, sans néanmoins se laisser fasciner par elles. À l'heure où l'Europe politique est incapable de se fédérer dès qu'il s'agit d'avoir recours aux armes, Clausewitz nous aide à ne jamais mésestimer la guerre ni le frein que les démocraties peuvent et doivent toujours lui opposer4.

 

 

Qui était Carl von Clausewitz ?



Né en 1780 en Silésie, Carl von Clausewitz était le fils d'un ancien combattant de la guerre de Sept Ans5 et le frère de deux autres officiers. Son père, Friedrich Gabriel Clausewitz, fut démis de ses fonctions d'officier en raison de ses origines modestes, à l'issue de la guerre. Seul son fils Carl parvint à laver cette humiliation, en obtenant de Frédéric-Guillaume III lui-même, en 1827, la reconnaissance aristocratique à laquelle son père prétendait. De fait, c'était grâce aux relations de ce dernier que le jeune Carl avait pu entrer à l'âge de douze ans comme porte-étendard dans un régiment d'infanterie à Potsdam. Il participa alors aux campagnes de la première coalition en France durant les guerres révolutionnaires, de 1792 à 1794, reçut son baptême du feu au siège de Mayence en 1793, et prit part aux campagnes du Palatinat. Entré en 1801 à l'Académie militaire de Berlin, il y fit la connaissance de Scharnhorst (1755-1813), l'aide de camp du prince Auguste de Prusse, et qui devint son protecteur. Il sortit en 1804 parmi les meilleurs éléments de sa promotion.

Fier de la récente puissance de son pays, Clausewitz vécut tragiquement les deux cuisantes défaites d'Auerstaedt et d'Iéna, le 14 octobre 1806, contre l'armée de Napoléon, qui mit en déroute en quelques heures la prestigieuse armée prussienne. Il passa alors un an de captivité en France au côté du prince Auguste, qu'il suivit peu après dans son pays. Ce traumatisme est fondamental pour comprendre la genèse de De la guerre. L'humiliation infligée fut en effet profonde : la Prusse dut reconstruire tout son système politique et militaire. Clausewitz collabora activement avec Scharnhorst à la réorganisation de l'armée, avant d'entrer à l'état-major, où il fut considéré comme l'un des chefs de file des Réformateurs.

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