#Roman francophone

La rabouilleuse

Honoré de Balzac

Edition enrichie de René Guise comportant une préface et un dossier sur le roman. "– Oh! je ne souffrirai jamais cela. Un coup frappé sur Flore m'atteindrait au cœur. – Mais c'est pourtant la seule manière de gouverner les femmes et les chevaux... Je connais les femmes, j'en ai payé une qui m'a coûté plus cher que Flore ne vous coûtera jamais!... Aussi m'a-t-elle appris à me conduire comme il faut pour le reste de mes jours avec le beau sexe. Les femmes sont des enfants méchants, c'est des bêtes inférieures à l'homme, et il faut s'en faire craindre, car la pire condition pour nous est d'être gouvernés par ces brutes-là! "

Par Honoré de Balzac
Chez Gallimard

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Editeur

Gallimard

17/04/2008 442 pages 6,30 €
Scannez le code barre 9782070357369
9782070357369
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INTRODUCTION

 

 

La Rabouilleuse n'est pas parmi les romans de Balzac les plus lus ou les plus cités. Pourtant, disons-le nettement, c'est à nos yeux, non le meilleur – cela ne veut rien dire – mais le plus étonnamment balzacien des grands romans de Balzac. C'est celui que nous serions tenté de mettre d'abord dans les mains de qui désirerait découvrir Balzac et comprendre pourquoi tant de lecteurs, depuis plus d'un siècle, se sont attachés passionnément à cette œuvre énorme qui n'a pas fini de séduire et d'intriguer. Plus que Le Père Goriot, plus surtout qu'Eugénie Grandet, La Rabouilleuse est le roman qui nous livre le monde de Balzac. Tout y est, ou presque. Cette œuvre de la pleine maturité apparaît comme une somme des grands thèmes balzaciens, comme un carrefour des grands courants qui animent La Comédie humaine. Richesse, densité, diversité : il y a dans ce roman de quoi surprendre le lecteur. Nous voudrions lui proposer, non le fil d'Ariane – ce roman fortement structuré n'a rien d'un labyrinthe – mais des itinéraires, ceux qui, par La Rabouilleuse et au-delà de La Rabouilleuse mènent au monde de Balzac.

Le thème initial que Balzac a décidé d'illustrer par son roman, c'est celui du célibat ; l'œuvre est d'abord conçue pour compléter, avec Le Curé de Tours et Pierrette, une trilogie intitulée Les Célibataires. Balzac qui mène, à travers son œuvre, un combat contre l'individualisme, l'égoïsme qui détruisent la famille et la société, n'est pas tendre pour les célibataires, ces êtres improductifs. Dans le roman qu'il projette il veut montrer les malheurs qui attendent un vieux garçon dans sa vieillesse. Dès 1839 il note sur un feuillet les noms de trois personnages : Maxence Jairy, Flore Brodais et le bonhomme Piedefer. Les noms changeront, mais le trio central de la deuxième partie du roman est déjà là : un vieux garçon aux prises avec une servante maîtresse et son complice. Le sujet est traité dans La Rabouilleuse, et il reste, au niveau des intentions de Balzac, un des thèmes majeurs de l'œuvre, celui qui explique et justifie la place attribuée au roman dans l'ensemble de La Comédie humaine, où il nous est présenté comme la troisième histoire du cycle Les Célibataires. Thème important donc et que nous illustrons dans le dossier de cette édition par quelques textes de Balzac sur les célibataires. Mais il y a toujours, chez Balzac, un décalage important entre ses intentions conscientes, initiales et ce qu'il finit par mettre dans son œuvre. Alchimie mystérieuse de la création littéraire : les personnages que crée le romancier s'animent et restent rarement dans les limites de l'idée qu'ils devaient incarner, du type qu'ils devaient représenter. Si en face de son vieux garçon, qui a pris en 1840, le nom de bonhomme Rouget – le nom de Piedefer reparaîtra en 1843 dans La Muse du département – Balzac place un homme marié, le vieil Hochon, on ne peut pas dire que de l'opposition jaillisse un plaidoyer pour le mariage et la famille. C'est que le vieil Hochon n'est pas resté l'époux, le père et le grand-père, en un mot, le chef de famille qu'il devrait incarner, mais il est devenu aussi sous la plume de son créateur, un avare de province, astucieux et égoïste. Et si Jean-Jacques Rouget est la victime de Flore, de Maxence, puis de Philippe, on a bien l'impression qu'il doit son malheur plus à son idiotie, à son éducation, à son manque de caractère qu'à son état de célibataire. Le vieux garçon chez Balzac, n'est pas le pendant de la vieille fille. Il reviendra sur ce type en créant le Cousins Pons. Car dans La Rabouilleuse le véritable célibataire ce serait plutôt Philippe Bridau, dans la mesure où il y a chez lui un égoïsme féroce qui lui fait refuser toutes les obligations de la famille. Mais en fait, le thème du célibataire s'est élargi et quelque peu dissous dans un autre thème cher à Balzac, celui de la famille. Le romancier l'a bien senti, qui substitue au titre d'abord retenu du Bonhomme Rouget celui d'Un ménage de garçon en province, et qui ajoute à son œuvre une longue dédicace explicative, la plus longue de La Comédie humaine. Ce texte, adressé à Ch. Nodier, a gêné les critiques qui s'accordent à observer qu'il ne rend pas bien compte de l'ensemble de l'œuvre. Il faut y voir, croyons-nous, outre un écrit de circonstance de Balzac qui a des ambitions académiques, une tentative pour mettre en valeur ce second thème qui s'est greffé sur le premier, souligné, lui, par le titre. Balzac nous invite à être attentif à cette dégradation de la famille, qui est à ses yeux, la cause première de la dégradation de la société. Il était, sur ce point, plus explicite dans une première rédaction de cette dédicace que l'on trouvera dans le dossier. Il y parle « des faits constants qui se produisent au sein des familles, et qui, en définitif, font mouvoir la société même ».

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