#Bande dessinée jeunesse

Lever de rideau sur Terezin

Christophe Lambert

Un dramaturge juif, déporté à Terezin, se voit contraint d'écrire une pièce de théâtre pour les dirigeants nazis du camp.Depuis les premières lois anti-Juifs du régime de Vichy, le dramaturge à succès Victor Steiner se terre dans un petit appartement parisien. Mais un soir, la passion du théâtre est la plus forte : il sort de sa cachette pour assister à la première du Soulier de satin à la Comédie française, et au retour il est arrêté par la police.

Par Christophe Lambert
Chez Bayard Jeunesse

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Genre

litterature jeunesse romans / contes / fables

27/08/2015 456 pages 14,90 €
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Une nuit de novembre 1943

 

« Ta passion pour le théâtre te perdra ! »

Victor Steiner avait entendu cette phrase durant toute son adolescence. C’était la prophétie de son père, un individu aussi grincheux qu’autoritaire. Chaque fois que le jeune Steiner osait parler de sa vocation à la maison, la voix du chef de famille tonnait, pareille à celle de Zeus en personne : « Mener une vie de saltimbanque, c’est ça que tu souhaites ? Tu as songé aux fins de mois difficiles ? Tu as envie d’habiter sous les toits, dans des chambres de bonne éclairées à la bougie ? Parce que si tu crois que je vais financer tes lubies, tu te trompes, mon garçon… Allons, Victor ! Il y a de vrais métiers, des métiers sérieux ! Je pourrais te faire rencontrer des gens dans la banque, des avocats, des notaires… Mais non ! Il faut que tu n’en fasses qu’à ta tête ! »…

Et le sermon paternel se terminait invariablement par : « Ta passion pour le théâtre te perdra ! »

« Dans le fond, tu avais peut-être raison, papa », se dit Steiner en risquant un œil à l’angle de la rue de Rivoli et de l’avenue du Général-Lemonnier.

C’était bien la passion qui l’avait poussé à sortir de sa cachette pour aller assister à la représentation du Soulier de satin, la pièce de Paul Claudel. La majorité des spectateurs ne voyaient dans le théâtre qu’un simple divertissement, une façon agréable de passer une soirée. Mais Steiner n’était pas fait de ce bois-là. Le théâtre le nourrissait. Entendre les trois coups, sentir l’odeur des vieilles boiseries, regarder le rideau s’écarter, vibrer au jeu des acteurs, rire, pleurer, frémir… À ses yeux, rien ne pouvait remplacer cette farandole d’émotions. Les planches rendaient la vie plus belle, plus intense…

De fait, Le soulier de satin avait tenu ses promesses. L’interprétation de Madeleine Renaud et de Jean-Louis Barrault allait rester dans les annales, Steiner en était convaincu. Et le talent de Claudel en tant que dramaturge n’était plus à démontrer.

Rien à redire sur le spectacle, donc…

C’est une fois le rideau retombé que les choses s’étaient gâtées.

En théorie, Le soulier de satin devait s’achever à 22 heures 30. En pratique, il en avait été tout autrement. Des sirènes d’alerte avaient interrompu la représentation à deux reprises et, bien qu’aucune bombe ne fût tombée sur le quartier, il avait fallu évacuer le public en bon ordre, gagner l’abri le plus proche, puis revenir dans la salle…

Pour couronner le tout, Steiner avait eu une mauvaise surprise en sortant du théâtre : la bicyclette qu’il avait attachée à une grille du jardin des Tuileries avait disparu. Volatilisée !

La pièce se jouait à la Comédie-Française, non loin du Palais-Royal. Or, Steiner habitait (ou plutôt se terrait) Porte de Versailles, presque à l’autre bout de Paris. Une sacrée trotte quand on avait, comme lui, raté le dernier métro !

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