#Bande dessinée jeunesse

Swing à Berlin

Christophe Lambert

1942, la guerre s'enlise, et les Allemands commencent à sentir que l'issue ne sera pas victorieuse.
Afin de remonter le moral de la population, Joseph Goebbels, ministre de la Propagande, décide de créer un groupe de "musique de danse accentuée rythmiquement", un équivalent du jazz, considéré comme une "musique dégénérée" ou "musique de nègres". On fait appel à Wilhem Dussander, un pianiste d'une soixantaine d'années, qui s'est retiré du monde depuis que les membres juifs de son groupe ont été arrêtés. Celui-ci est obligé d'accepter. Il part sur les routes d'Allemagne, accompagné de Dietrich Müller, un fonctionnaire zélé. Dès leur première rencontre, le courant passe mal entre les deux hommes. Cela ne s'améliore pas lorsque Dussander rejette en bloc tous les garçons qui se présentent aux auditions. Pour jouer du jazz, la technique ne suffit pas ; il faut avoir le sens du rythme et de l'improvisation, ce que les Jeunesses Hitlériennes n'ont pas enseigné à leurs élèves... Dussander parvient tout de même à trouver trois perles rares : le fragile Ruppert au piano ; au saxophone, Max, qui n'a pas sa langue dans sa poche ; aux percussions, Thomas, qui vivait dans la rue. Le quatrième membre de la formation est imposé par Müller : Hermann est un pur produit des Jeunesses Hitlériennes ; il joue de la contrebasse avec rigueur, sans fantaisie. Le groupe formé, les "Quatre en Or" - ou "Goldene Vieren" - ainsi que les garçons se baptiseront eux-mêmes par la suite, peuvent commencer leur apprentissage dans le manoir de Dussander. L'entente entre eux n'est pas immédiate, surtout vis-à-vis du "petit nazi", mais leurs liens se resserrent lors des cours de sport dispensés par le brutal lieutenant Kluge.
L'après-midi, Dussander leur enseigne la musique, la théorie et toute l'histoire du jazz, puis la pratique. Les garçons progressent vite, même Hermann, qui, peu à peu, se laisse envahir par le swing. Dussander s'occupe d'eux avec bienveillance, épaulé par sa domestique, Elsa.
Bientôt, le groupe est prêt. Un premier titre est enregistré, qui obtient un immense succès.

Par Christophe Lambert
Chez Bayard Jeunesse

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Genre

litterature jeunesse romans / contes / fables

14/06/2012 274 pages 12,50 €
Scannez le code barre 9782747043274
9782747043274
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Le contexte historique de ce récit, en particulier la volonté affichée par Goebbels de former des orchestres de jazz allemands, est authentique. En revanche, les événements qui découlent de ce point de départ et leurs principaux protagonistes relèvent de la fiction.

Pour plus de précisions, référez-vous à la note de l’auteur en fin d’ouvrage.

« L’art est une mission qui oblige au fanatisme. »

Adolf Hitler

 

 

Prologue

 

Berlin, 1936

Wilhelm Dussander terminait son solo au piano quand il vit les hommes en noir entrer dans le club. Ils étaient cinq, vêtus de gabardines, avec casquettes et chapeaux enfoncés jusqu’aux sourcils. Ils conversaient entre eux en inspectant les lieux du regard. Tous portaient le sinistre brassard de la SS.

Dussander se tourna vers son ami, le clarinettiste Martin Baumgartner. Ce dernier venait de faire une fausse note. Il avait vu les nazis, lui aussi, et son visage blême semblait dire : « Ils viennent pour moi, je suis fichu ! »

Dans la salle meublée en bois et cuir sombre, les clients ne se doutaient de rien. Il y avait du monde, et du beau : intellectuels, l’œillet à la boutonnière, artistes à la mode, la cravate en berne, jolies dames en manteaux à col de fourrure, renardeaux enroulés autour du cou... Les uns et les autres fumaient, un verre à la main, assis à des tables en verre opaque. Certains tapaient du pied pour accompagner la musique, la reprise d’un swing endiablé signé Louis Prima 1. Leur attention était focalisée sur la scène où se produisaient les six membres du groupe Musician Harmonists. Honni par le nouveau régime, le jazz était interdit à la radio, mais pas encore dans les clubs. Une question de mois, de semaines sans doute.

Sur la piste en parquet ciré, de jeunes danseurs enchaînaient des figures toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Les filles voltigeaient dans de grands mouvements de jupes ou glissaient entre les jambes de leurs cavaliers pour se rétablir aussitôt, prêtes à de nouvelles acrobaties. Le bar se trouvait dans le fond, non loin de la porte des cuisines, et le miroir situé derrière brillait comme un mirage dans la pénombre. Des arabesques Art déco agrémentaient les alcôves qui s’ouvraient sur les côtés.

« Rester calme, pensa Dussander. Ne pas paniquer... »

Mais l’adrénaline lui fouettait les sangs et il sentait une mauvaise sueur imbiber son dos. Il y avait trois Juifs dans le groupe : Schneider, le bassiste, Frank, le saxophoniste, et Baumgartner. Le clarinettiste était de surcroît un sympathisant communiste notoire. Il avait donc toutes les raisons du monde de s’inquiéter.

Dussander soupira en son for intérieur :

« Je t’avais dit de te tenir à l’écart des rouges, Martin ! Je t’avais dit que tu t’attirerais des ennuis. Vois où nous mènent tes lubies ! Nous sommes des musiciens, bon sang ! Pas des politiciens, et encore moins des militants bolcheviques ! »

Se faufilant entre les rires cristallins et les coupes de champagne, les SS se déployèrent sans quitter la scène des yeux. Une vendeuse de cigarettes aux jambes fuselées proposa sa marchandise à celui qui semblait être le chef. L’homme en noir leva sa main gantée en signe de refus. Un autre se posta devant la porte des cuisines, bloquant cette issue.

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