#Roman francophone

Vernon Subutex t.2

Virginie Despentes

Vernon subutex, 2 est la suite du volume publié en janvier 2015, et salué par une presse magnifique.« On peut faire tourner Vernon Subutex entre ses doigts comme une pierre précieuse changeant de couleur à la lumière du jour. »Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche« Un art consommé de mêler des personnages, des voix, des intrigues avec un incontestable sens du changement de rythme. Ce n'est pas un roman, c'est un électrocardiogramme. »Etienne de Montety Le Figaro Littéraire« Rarement le lecteur s'émouvra pour une telle galaxie de personnages. »Thomas Mahler Le Point« Une formidable cartographie de la société française contemporaine. » Nelly Kaprièlian, Les Inrocks« Une comédie humaine d'aujourd'hui dont Balzac pourrait bien se délecter dans sa tombe. »Pierre Vavasseur, Le Parisien« Une grande fresque d'aujourd'hui.
On se doutait que Despentes pouvait l'écrire, mais on ne savait pas qu'elle y parviendrait avec une telle grâce. »Frédéric Beigbeder, Le Figaro magazine « Le prochain tome devrait sortir vers la fin mars. Vivement le printemps. »Thierry Gandillot, Les Echos

Par Virginie Despentes
Chez Grasset Et Fasquelle

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Genre

litterature francaise romans nouvelles correspondance

09/06/2015 385 pages 19,90 €
Scannez le code barre 9782246857365
9782246857365
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« Ring the bells that still can ring

Forget your perfect offering

There is a crack in everything

That’s how the light gets in. »

Leonard Cohen, Anthem

 

à Fabienne Mandron

Aurélie Poulain

Roland et Schultz Parabellum

 

Vernon attend qu’il fasse nuit et qu’autour de lui toutes les fenêtres se soient éteintes pour escalader les grilles et s’aventurer au fond du jardin communautaire. Le pouce de sa main gauche le lance, il ne se souvient plus comment il s’est fait cette petite écorchure, mais au lieu de cicatriser, elle gonfle, et il est étonné qu’une blessure aussi anodine puisse le faire souffrir à ce point. Il traverse le terrain en pente, longe les vignes en suivant un chemin étroit. Il fait attention à ne rien déranger. Il ne veut pas faire de bruit, ni qu’on détecte sa présence au matin. Il atteint le robinet et boit avec avidité. Puis il se penche et passe sa nuque sous l’eau. Il frotte vigoureusement son visage et soulage son doigt blessé en le laissant longuement sous le jet glacé. Il a profité, la veille, de ce qu’il faisait assez chaud pour entreprendre une toilette plus poussée, mais ses vêtements empestent tant qu’après les avoir remis, il se sentait encore plus sale qu’avant de se laver.

Il se redresse et s’étire. Son corps est pesant. Il pense à un vrai lit. A prendre un bain chaud. Mais rien n’accroche. Il s’en fout. Il n’est habité que par une sensation de vide absolu, qui devrait le terrifier, il en est conscient, ce n’est pas le moment de se sentir bien, cependant rien ne l’occupe qu’un calme silencieux et plat. Il a été très malade. À présent la fièvre est retombée et il a retrouvé depuis plusieurs jours assez de force pour se tenir debout. Son esprit est affaibli. Ça reviendra, l’angoisse, ça reviendra bien assez tôt, se dit-il. Pour l’instant, rien ne le touche. Il est suspendu, comme cet étrange quartier dans lequel il a échoué. La butte Bergeyre est un plateau de quelques rues, auquel on accède par des escaliers, on y croise rarement une voiture, il n’y a ni feu rouge, ni magasin. Rien que des chats, en abondance. Vernon observe le Sacré-Cœur, en face, qui semble planer au-dessus de Paris. La pleine lune baigne la ville d’une lueur spectrale.

Il débloque. Il a des absences. Ce n’est pas désagréable. Parfois, il entreprend de se raisonner : il ne peut pas rester là indéfiniment, c’est un été froid, il va choper une nouvelle crève, il ne doit pas se laisser aller, il faut redescendre en ville, trouver des vêtements propres, faire quelque chose… Mais alors même qu’il tente de renouer avec des idées pragmatiques, ça démarre : il part en vrille. Les nuages ont un son, l’air contre sa peau est plus doux qu’un tissu, la nuit a une odeur, la ville s’adresse à lui et il en déchiffre le murmure qui monte et l’englobe, il s’enroule à l’intérieur et il plane. Il ne sait pas combien de temps cette folie douce l’emporte, à chaque fois. Il ne résiste pas. Son cerveau, choqué par les événements de ces dernières semaines, aura décidé d’imiter les montées de stupéfiants qu’il a ingérés, au cours de sa vie antérieure. Ensuite, à chaque fois, c’est un déclic subtil, un réveil lent : il reprend le cours normal de ses pensées.

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