#Roman francophone

Tu comprendras quand tu seras plus grande

Virginie Grimaldi

Quand Julia débarque comme psychologue à la maison de retraite Les Tamaris, elle ne croit pas plus au bonheur qu'à la petite souris. Pire, une fois sur place, elle se souvient qu'elle ne déborde pas d'affection pour les personnes âgées. Et dire qu'elle a tout plaqué pour se sauver, dans tous les sens du terme. Au fil des jours, Julia découvre que les pensionnaires ont bien des choses à lui apprendre. Difficile pourtant d'imaginer qu'on puisse reprendre goût à la vie entre des papys farceurs, des mamies fantaisistes et des collègues au cour brisé. Et si elle n'avait pas atterri là par hasard ? Et si l'amour se cachait là où on ne l'attend pas ?C'est l'histoire de chemins qui se croisent. Les chemins de ceux qui ont une vie à raconter et de ceux qui ont une vie à construire.  C'est une histoire d'amour(s), une histoire de résilience, une ode au bonheur.  Un humour décapant, des personnages attachants et une profonde humanité. En le refermant, on n'a qu'une envie :  celle de se délecter des petits bonheurs qu'offre la vie. Virginie Grimaldi passe son temps à écrire : de la liste des courses aux livres, en passant par son blog à succès. Auteur d'un best-seller irrésistible, Le Premier Jour du reste de ma vie, et lauréate du prix E-crire Aufeminin 2014, elle signe là un magnifique deuxième roman.

Par Virginie Grimaldi
Chez Fayard

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Editeur

Fayard

Genre

litterature francaise romans nouvelles correspondance

04/05/2016 509 pages 19,90 €
Scannez le code barre 9782213687445
9782213687445
© Notice établie par ORB
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Prologue

C’était un samedi soir comme les autres. Il n’avait pas vocation à rester gravé dans ma mémoire, pourtant je me souviens de chaque détail. C’est l’apanage des moments traumatisants, paraît-il. Ils s’incrustent si profondément dans le cerveau et dans la chair qu’on ne cesse de les revivre par la suite, comme un film dont on visionne la même scène à l’infini.

Le ventre de Marc me servait d’oreiller, on regardait un épisode de Game of Thrones, le 9 de la saison 3, on avait mangé des sushis qu’on s’était fait livrer, le ventilateur tournait, on était bien. Si j’avais été un chat, j’aurais ronronné.

Quand la sonnerie du téléphone a retenti, j’ai soupiré. Qui me dérangeait à cette heure ?

Quand j’ai vu « Maman » inscrit sur l’écran, j’ai râlé. Elle le savait, pourtant, que les appels tardifs m’inquiétaient.

J’aurais voulu ne pas répondre. J’aurais voulu que ça n’arrive pas.

C’était il y a six mois, et j’ai toujours les tripes à l’air.

 

Février

« Notre plus grand mérite n’est pas de ne jamais tomber, mais de nous relever à chaque fois. »

Lundi, pluie, mois de février : combo gagnant pour une journée de merde.

Plus ma voiture avance, plus j’ai envie de reculer. Je m’engage dans l’allée ; un panneau cloué sur un arbre m’indique que c’est tout droit. Peut-être que personne ne me remarquera si je fais demi-tour. Je débouche sur un petit parking qui n’a pas vu de jardinier depuis longtemps. Je le contourne et me gare face à la grande bâtisse.

« Maison de traite Les Tamaris »

Si même les lettres en fer forgé se font la malle, j’ai du souci à me faire. Si ça se trouve, c’est l’offre d’emploi qui comportait une faute, ce n’est pas une maison de retraite et je vais vraiment me retrouver à faire la conversation à des vaches opprimées… À vrai dire, cette idée me semble nettement plus réjouissante que ce qui m’attend.

Les derniers pas qui me séparent de l’entrée durent une éternité.

Une marche. Je peux encore partir.

Deux marches. Il me suffit de regagner ma voiture.

Trois marches. Personne n’en saura rien, après tout.

– Entrez, nous vous attendions !

Je n’ai pas le temps d’atteindre la porte qu’une femme apparaît dans l’encadrement. Elle est grande, elle est robuste, et ses cheveux sont tellement frisés qu’ils lui servent de porte-crayon. Je cherche mentalement une issue de secours, une excuse pour fuir, mais rien ne vient. Alors je souris poliment, lui tends la main et la suis vers mes huit prochains mois.

 

Ses talons hauts résonnent sur le carrelage blanc. Elle marche d’un bon pas, je la suis en respectant une distance suffisante. Deux carreaux, je suis trop près ; quatre carreaux, je suis en sécurité.

J’ai envie, au choix ou tout à la fois, de disparaître, de devenir invisible, de mourir, de me désintégrer, de faire demi-tour, de rembobiner. Oui, voilà, c’est ça. On peut rembobiner, s’il vous plaît ? On se donne rendez-vous il y a quelque temps, quand tout allait bien. Quand ma vie ne ressemblait pas à un film d’horreur dans lequel je serais la fille qui se prend cent coups de tronçonneuse et qui se relève à chaque fois. Rendez-vous avant que tout bascule, avant que tout s’écroule. Avant que je me dise que ce serait l’idée du siècle de répondre à cette annonce.

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